Dans les forêts de Sibérie

Dans les forêts de Sibérie

Par Sylvain Tesson

Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.
J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.
Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché d’être heureux.
Je crois y être parvenu.
Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie.
Et si la liberté consistait à posséder le temps ?
Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ?
Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

Sylvain Tesson m’avait habitué à ses voyages et ses récits. En fait, pour être plus juste, aux voyages qu’il avait partagés avec Alexandre Poussin : autour du globe à vélo (On a roulé sur la Terre) et à pied dans l’Himalaya (La marche dans le ciel). Bref, je n’avais lu que ça de lui, et un jour, on m’a offert Dans les forêts de Sibérie. J’ai ouvert les premières pages et me suis abandonné avec lui dans cette nature grandiose, mettant mes pieds dans les siens dans la poudreuse, courant après ses chiens ou finissant une bouteille avec lui. J’ai été un peu perturbé, je vous l’avoue. Sylvain Tesson s’isole de la société dans une cabane, en Sibérie, pourtant il emporte avec lui celle de consommation. Étonnant. Des livres, beaucoup de livres (il propose une « liste de lectures idéales composée à Paris avec grand soin en prévision d’un séjour de six mois dans la forêt sibérienne ») et de l’alcool, beaucoup d’alcool (il prévoit « 10 boîtes de paracétamol pour lutter contre les effets de la vodka »). Bien sûr je suis réducteur. L’auteur cerne très bien ce décalage entre son amour des grands espaces et sa consommation effrénée de vodka (soit dit en passant, ce n’est pas vraiment incompatible).

Le livre commence en février, l’arrivée du printemps apporte de magnifique page, encore une fois très poétiques.

Dans ce livre autobiographique, Sylvain Tesson semble vouloir ralentir le temps, peut-être jusqu’à l’arrêter. Très poétique, son texte nous invite à ralentir à sa suite. Il s’interroge tout au long de son expérience, et nous fait partager, jours après jours (c’est un peu un journal intime), ses questionnements qui nous rejoignent tous. Sa réflexion est riche sur la société de consommation et la solitude. Il y a des jours sans et des jours avec, des jours où il y a peu à raconter… Un peu comme dans nos vies.

Un livre à lire bien au chaud au coin du feu, à partager…

Rainer Maria Rilke dans la lettre du 17 février 1903 adressée au jeune poète Franz Xavier Kappus :  » Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l’accusez pas. Accusez-vous vous-même de ne pas être assez poète pour appeler à vous ses richesses. « 
Nous sommes seuls responsables de la morosité de nos existences. Le monde est gris de nos fadeurs. La vie est pâle ? Changez de vie, gagnez les cabanes. Au fond des bois, si le monde reste morne et l’entourage insupportable, c’est un verdict : vous ne vous supportez pas ! Prendre alors ses dispositions.

Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l’inspiration sortir.

Il est bon de n’avoir pas à alimenter une conversation.
D’où vient la difficulté de la vie en société? De cet impératif de trouver toujours quelque chose à dire.

Rien ne vaut la solitude. Pour être parfaitement heureux il me manque quelqu’un a qui l’expliquer.

14 mai
Le temps le temps le temps le temps le temps le temps le temps le temps le temps.
Tiens ?
Il est passé !

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Dans les forêts de Sibérie », si vous l’avez acheté après avoir lu un avis quelque part, n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

Publicités

4 réflexions sur “Dans les forêts de Sibérie

  1. Pingback: Petit traité sur l’immensité du monde | Le Quatrième de Couverture

  2. Merci pour cet article enthousiaste. Je le partage. Dans les forêts de Sibérie et Tesson en général est une bouffée d’intelligence, d’humour, d’oxygène dans la littérature aujourd’hui.

    • Je ne peux qu’être D’accord avec vous. Même si plus jeune je trouvais son style plutôt hermétique, aujourd’hui j’adore la poésie de ces mots…

  3. Pingback: Sur les chemins noirs | Le Quatrième de Couverture

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s