L’innocente

L'innocente

Par Warnauts et Raives

Allemagne, mars 1945. Nina Reuber s’évade d’un centre de formation de la future élite du national-socialisme, déguisée en garçon. Réquisitionnée comme traducteur par une division de l’infanterie américaine, elle part pour Berlin. C’est là, sur les ruines du Troisième Reich et à l’aube du procès de Nuremberg, que Nina deviendra une adulte.

Alors que je tourne les premières pages de « L’Innocente » aux éditions du Lombard, j’ai comme une impression de déjà lu. Ces dessins, cette jeune fille qui se travestit en homme pour rejoindre sa tante à Berlin et échapper à l’avenir de ventre aryen que voulait tracer pour elle le Docteur Goebbels, je les ai déjà vus il y a longtemps. Effectivement, cet album est une réédition au Lombard (collection Signé) du titre paru chez Casterman en 1991. Ça doit correspondre à mes années lycée (la documentaliste en charge d’alors avait des goûts un peu osés en terme de bande dessinée il faut croire…)

Alors que l’Allemagne se reconstruit sur ses ruines encore fumantes, Nina, entourée de Wim, un allemand croisé sur le bord de la route, Tennessee et d’autres américains restés à Berlin partagé, déchiré, va se construire et devenir adulte, s’engageant politiquement et amoureusement. Le sentiment de culpabilité du peuple allemand est palpable, « Qu’avons-nous fait ! »

L’album, superbement documenté, commence en 1945 dans l’ouest de l’Allemagne et se termine à Berlin en 1949, à la levée du blocus. L’Histoire se mêle à celle au petit h de Nina. Procès de Nuremberg, partition de l’Allemagne, occupation… on retrouve ce procédé dans beaucoup de romans et bandes dessinées mais il marche souvent plutôt bien. Et c’est là une réussite. Il est regrettable que pour les non germanistes et non anglophones les dialogues ne soient pas traduits. Fort heureusement ils sont peu nombreux.

Tout s’enchaîne un peu rapidement, Warnauts passe parfois un peu vite d’une scène à l’autre, sans prendre le temps de s’attarder sur les personnages, le scénario n’étant pas toujours creusé ou dense. L’excitation d’après guerre devant les défis à saisir, ainsi qu’une certaine insouciance, est toutefois très palpable dans les clubs de jazz de Berlin. Nina découvre l’amour, pas toujours comme elle le souhaiterait, souvent ses amours font mal. Le parti pris de plonger et suivre une jeune femme au caractère bien trempé (comme la plupart des femmes de l’album d’ailleurs) dans cette Allemagne de ces temps troublés est intéressant, parce qu’elle apporte une certaine sensibilité au texte, et que cela contraste avec le monde masculin de cette après-guerre, apportant un peu de fraîcheur et d’émotions.

Warnauts et Raives, inséparables depuis près de 30 ans, travaillent de façon originale. L’un se charge des mots, l’autre des couleurs, les deux dessinent. Des dessins donc à quatre mains archi-réalistes et soignés, tant pour les lieux que pour les personnages. Le style est cru, les deux auteurs n’hésitent pas à dénuder leurs personnages… Ils ont souvent fait des albums « d’époque » dont ils cherchent à restituer, avec brio, l’atmosphère.

Un très bel album par ses dessins et sa sensibilité.

Une histoire dans l’Histoire.

L'inncocente

 

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « L’innocente », si vous l’avez acheté après avoir lu un avis quelque part, n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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