Quartier lointain

QuartierLointain

Par Jirô Taniguchi

Qui n’a jamais rêvé de retourner en enfance ? C’est exactement ce qui arrive à cet homme mûr, qui de retour d’un voyage d’affaires, fait un détour par sa ville natale, pour se recueillir sur la tombe de sa mère. Il est alors projeté dans le passé, où il revit une journée de son enfance, tout en gardant son caractère et son expérience d’adulte. Pour la première fois, il verra ses parents avec le regard de quelqu’un à même de comprendre.

Questionnant sa grand-mère, ses parents, ses amis, il réalise tout ce qui lui avait échappé lorsqu’il était jeune. Et petit à petit, l’année scolaire avançant, il voit se rapprocher la date fatidique où son père disparaîtra, pour toujours, sans aucune explication. Peut-il changer son passé ou est-il condamné à le revivre, impuissant ? Et retrouvera-t-il son existence normale, sa femme et ses enfants ?

Jirô Taniguchi n’est plus à présenter dans le milieu du manga. Je l’ai découvert avec le Sommet des Dieux, magnifique série et l’ai suivi depuis. Ses albums, édités dans la magnifique collection Casterman Écritures (qui a aussi édité Craig Thompson) son superbes. Cela plante le décor d’une chronique qui sera de toute façon positive sur Quartier Lointain, tout d’abord édité en deux tomes puis réédité en intégrale.

Hiroshi Nakahara, 48 ans habite Tokyo. Il abuse volontiers d’alcool et est fort peu présent auprès de sa famille. Lors d’un voyage d’affaires, passablement imbibé, il embarque dans un train pour Kurayoshi, la ville de son enfance, sans explication, alors qu’il pensait prendre le Shinkansen pour Tokyo et retrouver sa femme et ses deux filles.

Arrivé sur place il est plongé dans ses souvenirs d’enfance alors que la ville a grandi et changé sans lui. Il a quelques heures avant de prendre un autre train le ramenant sur ces pas. Il décide de se rendre sur la tombe de sa mère. C’est là que le fantastique se produit. Son corps devient celui qu’il avait quand il avait 14 ans. En revanche il est toujours cet homme de 48 ans. Lorsqu’il avait 14 ans, son père a fui la ville, sans explication, et n’ai jamais revenu. Sa mère est morte quelques années plus tard.

Perturbé, plus mature que ses amis d’école, il retrouve alors tous ces souvenirs, plus vivants que jamais, et, après quelque résistance, choisit de profiter de cette nouvelle adolescence. Il redécouvre alors l’amour de ses parents, la joie d’une famille unie, les amis, les amours adolescentes, toutes simples, et pourtant si complexes car il sait qu’il a 48 ans, une femme, et deux filles ; il connait le futur de tous ces gens qui sont ses amis…

Personne ne devient jamais vraiment adulte… L’enfant que nous avons été est toujours là, bien vivant, tout au fond de nous.

L’auteur japonais, toujours en noir et blanc, alternant entre grandes planches magnifiques et vignettes intimistes, nous entraîne dans la nostalgie d’une adolescence qui est passée trop vite et que l’on a trop vite oubliée. Il joue avec habileté des flash back lorsque la grand-mère raconte l’histoire de ces parents, ou lorsque lui-même se souvient de ce que deviendront ces amis. Il s’interroge sur la relation au père sur les raisons qui poussent à changer, à aller de l’avant, sur cette succession d’événements parfois infimes et souvent oubliés qui font basculer une vie, malgré l’inexpérience de nos jeunes années. La réflexion en devient presque philosophique parfois.

Taniguchi sait retranscrire parfaitement l’insouciance de ces années collège et lycée, où tout semble possible, où les rêves sont à portée de main et ensuite le poids des responsabilités de l’adulte qui se marie et fait des enfants, parfois loin de ces rêves adolescents, gardant toujours au fond de lui cette âme d’enfant.

L’histoire est contée sans pathos, sobrement, mais avec énormément d’émotion. Nous découvrons le quotidien d’une famille japonaise après-guerre, pansant ses blessures et finalement qui ne semble pas si éloigné du quotidien des familles japonaises modernes. Taniguchi pointe du doigt sans culpabilité les regrets de cet enfant qui finalement reproduit ce qu’il a tant reproché à son père et lui a apporté tant de souffrance.

Hiroshi ne reviendra pas indemne de son voyage dans le temps.

Nous non plus…

 

Quartier lointain planche

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Quartier lointain », si vous l’avez acheté après avoir lu un avis quelque part, n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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