Petit traité sur l’immensité du monde

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Par Sylvain Tesson

Sylvain Tesson parcourt le monde. Dans les steppes d’Asie centrale, au Tibet, dans les forêts françaises ou à Paris, il marche, chevauche, escalade, bivouaque dans un arbre ou sous un pont, construit des cabanes.

Cet amoureux des reliefs poursuit le merveilleux et l’enchantement. Dans nos sociétés de communication, il en appelle à un nouveau nomadisme, à un vagabondage joyeux.

Ce Petit traité sur l’immensité du monde est un précis de désobéissance naturaliste, une philosophie de poche buissonnière, un récit romantique contre l’ordre établi.

J’ai 11 ans. Sylvain Tesson part avec son ami Alexandre Poussin sur les routes du monde à bicyclette, avec seulement 1000€ chacun en poche. J’ai 15 ans, les mêmes repartent « marcher dans le ciel », je lis le récit de leurs premières aventures, écrites à quatre mains. Je me souviens alors que les chapitres d' »On a roulé sur la terre » se succédaient que j’avais plus de difficulté à lire l’un que l’autre. Alexandre Poussin me semblait avoir les pieds sur terre, Tesson les yeux dans le ciel. Je leur dois mes premiers rêves de voyages lointains en dehors des sentiers déjà mille fois piétinés.

Plus tard je retrouvais Sylvain Tesson dans une cabane de Sibérie (Dans les forêts de Sibérie), le style était bien celui que j’avais tant de mal à lire étant plus jeune. Pourtant sa poésie m’emportait. Alors pourquoi pas marcher un peu plus dans les pas de cet infatigable aventurier nomade et poète ? Ce petit traité sur l’immensité du monde est un très beau trait d’union entre les premiers voyages de Tesson et cette expérience sibérienne. Ces pages préfigurent d’ailleurs ces six mois reclus au bord du lac Baïkal. L’ami Poussin, quelques années après publiera également un très beau livre, « Marche Avant », éloge du voyage à pied qu’il continuera, de son coté, avec sa femme, Sonia.

Sylvain Tesson écrit une éloge du voyage by fair means, loin de la vitesse d’aujourd’hui où tout est accessible si vite, où les trains se précipitent dans les campagnes sans que le voyageur puissent en apprécier la beauté et où les avions nous déposent au pied de nos hôtels avec piscine d’où il n’est plus besoin de sortir pour profiter pleinement du repos. Voyager by fair means c’est pour lui voyager à pied, à cheval ou encore à vélo. Prendre le temps. Le ralentir. Devenir lent. Ses compagnons sont des livres d’auteurs vagabons (Kerouac, London, Péguy…), des bouteilles de vodka à s’endormir sur place et quelques cigares. Chaque voyage est comme une vie entière dit-il.

Au fil de la marche les pensées vagabondent elles aussi et se perde. Le chemin ne guérit pas mais invite à de nouveaux horizons. Toujours poète, Tesson est également philosophe. Déçu de l’humanisme, il préfère voyager seul, loin des villes, découvrir des terras encore incognitas. Il installe son bivouac là où le sol est confortable. Il noue son hamac en haut des plus grand arbres. Il est un peu un radical de la marche. « Rien ne vaut de passer un bon moment avec soi même, à parcourir les rayonnages de sa bibliothèque intérieure » et « J’ai découvert (si tard !) combien un homme seul était en bonne compagnie« , écrit-il. Je ne suis pas certain de partager mais apprécie.

Un temps il s’abandonne avec son Alexandre Poussin (même s’il ne le dit pas dans le livre) à escalader les toits des cathédrales, ponts, et autres monuments français, retrouvant ainsi ses racines simiesques. Les forêts répondent juste après, celles où les bruits du soir nous conduisent dans le monde magique des fées.

Il nous invite donc à ralentir le pas et à recouvrer sa liberté, à inventer un rapport au temps en arrêtant de le poursuivre. Empreints d’une forte dose de mélancolie, un peu désabusé de l’Homme (quoique le petit h pourrait suffire dans ce cas), mais l’œil toujours émerveillé au détour du chemin, Tesson nous embarque dans une aventure nomade qui nous invite à laisser la fenêtre ouverte et à en enjamber le parapet pour découvrir les merveilles qui ne se cachent plus dehors mais auxquelles nous sommes aveugles.

L’enfer, ce n’est pas les autres, c’est l’obligation de vivre avec eux. Le mieux consiste donc à construire un donjon solitaire avec le ciment de son rêve suffisamment solide pour que le ressac du monde extérieur s’y fracasse.

Vivre, c’est faire de son rêve un souvenir.

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Petit traité sur l’immensité du monde », si vous l’avez acheté après avoir lu un avis quelque part, n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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Une réflexion sur “Petit traité sur l’immensité du monde

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