Juarez

Juarez

Par Nathalie Sergeef et Corentin Rouge

– Vous venez d’arriver en ville ?

– A l’instant.

– J’espère que vous ne faites que passer. Parce que Ciudad Juarez, c’est pas Puerto Vallarta.

– Je sais. Ma soeur vit ici. Je ne l’ai pas vue depuis un moment. Je suis à sa recherche.

– Que Dieu la protège, mon petit. S’il le peut encore…

De l’autre coté du Rio Grande, en face de l’américaine El Paso, il y a Ciudad Juarez, une ville mexicaine d’environ 1,3 millions d’habitants.

L’album s’ouvre sur une petite dizaine de croix fleuries dans un terrain vague, toutes simples, en bois. Esmeralda… Brenda… Barbara… Que des noms de femmes dans ce cimetière pastel. Derrière, de hauts bâtiments.

Alors que la bande dessinée commence, une première case barre la page entière, de gauche à droite. Un ciel bleu. Un soleil écrasant. Des vautours tournent.

Je ne m’attends pas à un album heureux. La quatrième, les premières pages laissent entendre une ambiance pesante, glauque.

Juarez planche

Tout commence donc par un fait divers, cinq femmes sont retrouvées assassinées, mutilées, dans le désert. Elles s’ajoutent à la longue liste de la ville. Les élections approchent, les flics s’attendent donc à ce qu’il faille trouver vite un coupable. Tant pis s’il ne l’est pas tant que ça. Cela fera l’affaire pour assurer l’élection du Señor Alvarez au poste de gobernador.

Au même instant Gaël arrive à Ciudad Juarez, à pied. Il vient retrouver sa sœur, Gabriela, disparue depuis quelques temps. Elle travaillait dans une blanchisserie tenue par Emilio avec sa fille Amalia. Elle faisait partie d’une ONG défendant les droits des femmes. Et on ne l’a plus vue depuis un moment. Le gouvernement et la police sont de mèche avec les narco-trafiquants, les opposants disparaissent, les faveurs s’achètent, un billet offre un passe-droit dans les prisons… Il ne fait pas bon vivre à Ciudad Juarez. Pourtant Gaël ira jusqu’au bout pour comprendre ce qu’il est arrivé à sa sœur.

La scénariste belge pour son deuxième album s’inspire d’une actualité malheureusement toujours brûlante dans cette ville ou les maquiladoras (usines des zones franches) attirent une main d’oeuvre docile et bon marché, essentiellement féminine. Déracinées ces femmes attirent les pulsions les plus viles des peu scrupuleux hommes de la ville. Le silence et la bénédiction des policiers et hommes politiques sont achetés en offrant quelques femmes. L’orgie finit parfois mal.

Tout se sait. Rien n’est dit.

Le thriller écrit par Nathalie Sergeef est haletant et ne laisse aucun répit au lecteur. Une histoire de vengeance s’invite dans l’histoire. Et une femme blonde qui semble ne rouler que pour elle-même, au mépris de sa propre famille (aussi nauséabonde que soit cette famille.) La chute est particulièrement originale et inattendue. L’auteur aide le lecteur à soulever le drap pour découvrir le dessous des choses par quelques flash-back habiles. On ne reconstitue l’ensemble qu’en arrivant aux dernières planches. Parfois l’abondance des personnages me fait perdre le fil, peut-être n’ai-je pas été suffisamment attentif et les ficelles sont un peu grosses, le tout va un peu vite, mais qu’importe…

Le trait de Corentin Rouge, jeune dessinateur de 32 ans (enfin, est-ce encore jeune ? :-), un dessinateur en tout cas à suivre !) extrêmement réaliste sert à merveille le scénario de Nathalie Sergeef. Sous ses pinceaux la ville de Juarez devient un personnage à part entière. Le dessin s’approche souvent des visages pour en restituer les expressions particulièrement vivantes. Il prend aussi du champ pour suivre l’action. Un graphisme que je rapproche à celui des XIII de William Hance ou des Largo Winch de Philippe Francq.

Une très belle et violente réussite…

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Juarez », si vous l’avez acheté après avoir lu un avis quelque part, n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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