Comme un chant d’espérance

comme-un-chant-d-esperance

Par Jean d’Ormesson

« J’ai aimé Dieu, qui n’est rien aux yeux des hommes qui ne sont rien. Je n’ai détesté ni les hommes ni les femmes. Et j’ai aimé la vie qui est beaucoup moins que rien, mais qui est tout pour nous. Je chanterai maintenant la beauté de ce monde qui est notre tout fragile, passager, fluctuant et qui est notre seul trésor pour nous autres, pauvres hommes, aveuglés par l’orgueil, condamnés à l’éphémère, emportés dans le temps et dans ce présent éternel qui finira bien, un jour ou l’autre, par s’écrouler à jamais dans le néant de Dieu et dans sa gloire cachée. »

A partir d’une promenade dans nos origines, ce livre raconte l’histoire de l’univers. Sous les traits d’un détective métaphysique, Jean d’Ormesson mène l’enquête et tente avec gaieté de percer ce mystère du rien, c’est à dire du tout. Ravissements et surprises sont au rendez-vous de son épatante entreprise…

Leibniz se demande « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? ». D’Ormesson se saisit de la question et remonte à l’origine des temps.

Voici un petit ouvrage très personnel de cet « immortel » de l’Académie Française. Jean d’Ormesson entreprend d’écrire sur rien. En référence à Flaubert il classifie son ouvrage dans la catégorie Roman. Bien qu’il parte du Rien d’avant le big bang, je ne suis pas sûr qu’il ait bien réussi à nous parler de rien… Et c’est peut-être tant mieux. Et c’est peut-être tant pis.

Entre le mur de Planck (période où l’univers avait 10-44 secondes, et où toutes les lois actuelles de la physique classique ou quantique ne marchent plus… et donc période qui est à ce jour inconnue) et le mur de la mort, depuis quelques années, les sciences ont écrit une histoire. D’Ormesson s’attache à nous raconter en 110 pages cette histoire de l’univers.

D’Ormesson n’est pas un scientifique, bien que la philosophie soit mère de toutes les sciences. Pourtant avec son regard de poète il nous conte cette histoire qui est la nôtre. Cette histoire qui était avant nous, et qui sera encore après nous. Parce que l’Homme, n’en déplaise peut-être à certains, n’est pas le but et la finalité de l’univers. Même si parfois il se plait à le croire.

Lentement, l’auteur nous conduit à Dieu. Parce qu’à coup de hasard nous ne serions peut-être pas parvenu jusqu’à l’incompréhensible qui nous entoure aujourd’hui. Si grâce à la sciences nous comprenons le « comment », elle n’explique en rien le « pourquoi ». Voilà Dieu. Bien évidemment un Dieu bien loin de ce que nous représentons. Parce que « les hommes ont créé Dieu à leur image – que pouvaient-ils faire d’autre, enfermés dans ce monde ? -, mais Dieu les a encouragés dans cette activité » (parce que, dans la religion chrétienne (dont se réclame D’Ormesson), Dieu s’est fait homme… C’est pas mal pour un week-end de Pâques ça…) Tout ce que nous connaissons n’existe que parce que nous l’avons nommé, mesuré, cartographié. Le soleil « n’est devenu le soleil que parce qu’il y a des hommes sur cette Terre qu’il éclaire et réchauffe. Quand le soleil disparaîtra, les hommes ne seront plus rien. Mais si les hommes, comme c’est probable, disparaissaient avant lui, le soleil ne serait plus rien qu’une pauvre étoile parmi les autres. » Petit à petit il nous remet donc à notre juste place au milieu de l’univers, toute petite place, loin d’être nombrilocentriques comme nous le sommes parfois.

Bien plus que scientifique l’ouvrage est culturel, invoquant philosophe, naturalistes, physiciens et grands courants de pensée. Je me fais parfois des nœuds au cerveau à relire des phrases entre le tout et le rien sans en comprendre à la première lecture la portée. Pourtant le style est très aéré, pas spécialement complexe, c’est le thème qui l’est : s’interroger sur notre histoire, le sens de la vie, la mort, l’avant la vie…

Cet ouvrage est très spirituel (et de spiritualité chrétienne), je crains qu’un lecteur non ouvert à cela en déchire les pages devant la nécessité de Dieu présentée par D’Ormesson. Je le vois pour ma part comme un hymne à la vie et à l’espérance, nous qui sommes toujours libres de croire ou non, que tous peuvent accueillir quelles que soient leur conviction…

Je ferai un lien rapide avec les Indices Pensables de Brunor, qui reprennent en bande dessinée ce que D’Ormesson développe en poésie. Bien évidemment nous ne sommes pas au même niveau de littérature… Mais qu’importe.

La migraine me guette mais il est bon d’élever un peu le débat et mon niveau de pensée.

 

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Comme un chant d’espérance », si vous l’avez acheté après avoir lu un avis quelque part, n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

Si cette chronique vous a plu, n’hésitez pas à « suivre » ce blog en indiquant simplement votre adresse e-mail ci-dessous (aucune création de compte nécessaire).

Publicités

9 réflexions sur “Comme un chant d’espérance

  1. Ton « C’est pas mal pour un week-end de Pâques », m’a fait sourire.
    Jean d’Ormesson, je l’ai lu grâce à son précédent livre « Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit », je suis tentée de lire celui-ci, parce qu’il vient dans ma ville samedi prochain, mais finalement, j’achèterai le roman à ce moment là, enfin passons… Ta chronique et la citation que tu as choisi, me prouve une nouvelle fois, le talent littéraire et l’intelligence de cet immortel (qui ne l’est pas pour rien, je sais). Puis la question du rien (et du presque tout), même si elle fait un peu « peur » par sa complexité et ses hypothèses, rend curieux. Ce thème n’est jamais simple à aborder, je crois.

    Je dois t’avouer qu’après ma lecture du « Un jour je m’en irai.. », j’ai, moi aussi, frôlé la migraine.. si tu voyais l’état de la couverture, tu comprendrais à quel point ce livre a vécu – mais quel plaisir il y a de se faire mal au cerveau pour certaines de ses phrases – pensées. Je te le conseille fortement, d’ailleurs.

    • Heureusement qu’il y a parfois des lectures plus légères. Mais je partage que les deux livres que j’ai lu de lui (le second devant être La création du Monde, étonnant) m’ont étonné et enchantés par une sorte d’écriture qui peut sembler complexe mais ne l’est pas tant et en plus qui est superbement écrit…
      Passe lui le bonjour de ma part…

      • Heureusement, oui ! Et je suis assez d’accord avec toi, j’avais vraiment peur en ouvrant le livre la première fois à ne rien comprendre, puis finalement, la complexité qu’on s’imagine et qui ne l’est pas devient de l’enchantement, une sorte de poésie, (et de la pensée, bien sûr).
        Aha, j’aimerais bien… mais je ne songe même pas lui dire bonjour de ma propre part 😉 mais qui sait …

      • Ah ah ah… J’ai horreur des salons où l’on peut voir des auteurs, que leur dire ? « j’ai tout lu de vous, j’adore… » cela me semble assez plat. Je me sens toujours bien humble devant eux, et puis c’est le risque d’être atrocement déçu rapport à l’image que l’on a pu se faire de lui / elle a travers ses lectures…

      • Je suis encore et encore d’accord avec toi! J’en suis incapable! Que ce soit des écrivains ou d’autres artistes d’ailleurs. Quand j’aime, je me trouve toujours stupide dans l’idée même d’aller leur parler – pour dire quoi? « merci d’exister -merci de faire ce que vous faites? – ou pire, Je veux une photo avec vous?’ Je suis mauvaise pour les conversations et franchement timide… alors, je ne tente rien. Puis, comme tu dis, quand on aime vraiment, je préfère rester sur une image que je me suis plus ou moins crée plutôt que de prendre le risque d’être déçue… ou celui de décevoir.

        Se sentir humble, devant eux ou en général, c’est bien 😉

  2. Pingback: Comme un chant d’espérance ; Jean d’Ormesson | Quai des proses

  3. Pingback: Comme un chant d’espérance ; Jean d’Ormesson | Quai des proses

  4. Pingback: Guide des égarés | Le Quatrième de Couverture

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s