Les lois de la gravité

Les lois de la Gravité

Par Jean Teulé

Dans trois heures, le lieutenant Pontoise pourra quitter son commissariat. À cet instant précis, une femme entre dans le commissariat désert et demande à être arrêtée.

Dix ans plus tôt, elle a poussé son mari par la fenêtre de leur appartement du 11è étage. Sadique, irresponsable, il la battait, elle et ses enfants. Elle a prétendu qu’il s’agissait d’un suicide et comme son mari sortait d’un hôpital psychiatrique après avoir plusieurs fois tenté de se tuer, tout le monde la crue.

Elle veut se dénoncer avant minuit parce qu’elle a des remords et que le lendemain son crime sera prescrit…

Le lieutenant Pontoise n’en croit pas ses oreilles. Il se refuse à arrêter cette femme. Pendant quelques heures, la meurtrière et le policier vont s’affronter avec une violence rare.

J’aime bien Jean Teulé parce qu’il ose s’aventurer sur des chemins qui ne sont pas toujours balisés.

Lorsque je lis un Teulé, je ne sais jamais bien à quoi m’attendre. Bien évidemment, il y a le style, grinçant, cynique, presque à donner la nausée parfois mais toujours avec une petite touche d’humour (noir) qui rattrape in-extremis le texte ou il y a le souci de s’attacher à un fait divers, qui, le plus souvent, peut paraître anodin et oublié, et le romancer.  J’admets donc volontiers que cet auteur ne fasse pas l’unanimité, il prend des risques et aime à sortir d’une certaine zone de confort. Et il nous en extirpe nous avec…

Dans Mangez-le si vous voulez, il m’avait déjà mené au bord de l’écœurement, non du fait de son style, sautillant et décalé, mais bien à cause du sujet traité. Dans les lois de la gravité (double sens dans ce titre particulièrement bien trouvé), Teulé décrit un huis-clos pesant entre une femme (sans nom, le narrateur ne l’appelle pas, parce que sinon tout doit s’enclencher, la procédure devrait suivre son cours, comme si le fait de ne pas la nommé permettait de ne pas s’impliquer) et un homme (flic, lui, on sait qu’il s’appelle Gilles Pontoise, on en sait même plus puisqu’il ne va pas cesser de déballer sa vie).

Progressivement, entre ce policier flegmatique et cette femme tendue par la culpabilité, le ton monte jusqu’à devenir grossier. Pontoise tente de jouer la montre jusqu’à ce que sonnent les 12 coups de minuit et leurs délivrance à tous les deux, selon lui, puisqu’il va tenter de dissuader par tous les moyens cette femme de se livrer…

Jean Teulé, de ses phrases mordantes, traite de la solitude, de la culpabilité avec un angle extrêmement original. Il y a unités (oui oui, avec un s) dans ce petit livre : de lieu, tout se passe dans le commissariat et de temps, puisque tout sera réglé en une nuit. Je ne peux m’empêcher de penser à certains films de huis clos entre policier et suspect dans cette garde à vue qui n’en est pas. Dans ce duel chacun bouscule l’autre et réfute l’un après l’autre ses arguments. Je n’ai aucun mal non plus à imaginer sur scène ce savoureux face à face stérile où règne l’incompréhension et où, finalement, l’un des deux devra capituler.

Une réflexion que je ne qualifierais peut-être pas de divertissante, encore que… Le talent de Jean Teulé sublime un fait divers pour le tourner en situations troublantes et violentes et le lecteur que je suis, malgré son écœurement parfois devant l’abjection des relations humaines décrites, y revient sans cesse avec un certain plaisir parfois morbide…

 

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Les lois de la gravité », si vous l’avez acheté après avoir lu un avis quelque part, n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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