L’histoire épatante de M. Fikry & autres trésors

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Par Gabrielle Zevin

A.J. Fikry a l’un des plus beaux métiers du monde : il est libraire. Un libraire misanthrophe et bourru qui file un mauvais coton depuis le décès de Nic, son épouse. Peu importe, livre ou être humain, il est devenu bien difficile de trouver grâce à ses yeux. L’irrésistible petite Maya va pourtant fendre son armure. Sa maman souhaitait qu’elle grandisse au milieu des livres et l’a donc laissée dans les rayons de l’unique librairie d’Alice Island. C’est ainsi qu’ A.J., faussement récalcitrant, se retrouve à pouponner ce chérubin aussi malicieux que despotique. Et dans le sillage de ce duo improbable, tout leur entourage va découvrir que les aventures étonnantes, épatantes et émouvantes n’arrivent pas que dans les livres.

Petit avertissement préliminaire et inutile : Tout comme Maya n’est certainement pas dans le lectorat ciblé par Daniel Parish, je ne suis certainement pas dans le coeur de cible de Gabrielle Zevin. Je trouve ce livre plutôt féminin, ou pour jeunes adultes ou grands enfants… Tant pis, à n’en pas douter c’est mon coté féminin qui se révèle 🙂

Entrez dans l’intimité d’un libraire antipathique, bourru, borné… Il a le cœur qui saigne depuis que sa femme, Nic, l’a laissé là, avec sa librairie, dans la ville d’Alice, les bras ballants, gardant jalousement un livre rare (et cher) qui lui assurerait une retraite heureuse, au soleil, Tamerlan. Nic est morte violemment. Accident de voiture. Tout est terne et gris. Il tente d’oublier. Il boit. Mais l’alcool ne résout rien. La sœur de sa femme le veille. Un peu par obligation. Un peu par pitié.

AJ Fikry à ses goûts en matière de littérature. Vous ne trouverez pas sur ses étagères de ces romans que tout le monde lit, sauf peut-être l’été, quand les touristes cherchent quelque chose à lire sur la plage. Il n’achètera aux maisons d’éditions que ce qu’il pense pouvoir vendre, ce qui lui plaît. Et en ce moment, peu de choses lui plaisent, et surtout pas les romans des politiques ou des sportifs, ou des ces stars du show-biz qui s’achètent les services d’un nègre pour enjoliver leur « autobiographie ». Vous n’y trouverez pas non plus de romans pour jeunes adultes ou se mêlent romance et aventure, avec beaucoup d’émotions. L’histoire épatante de M. Fikry et autres trésors n’aurait donc certainement pas trouvé grâce à ses yeux, ni place dans sa librairie. Amelia, représentante d’une petite maison d’édition en fera les frais.

Mais voilà que son assurance vie, un soir de débauche, disparaît. AJ va sortir de sa bulle. Maya va débarquer dans sa vie et la bousculer joyeusement, comme les enfants savent si bien le faire. Il va s’improviser père.

Ce livre est un peu comme une grande librairie ou vous trouverez mille  idées de futures lectures, parmi les classiques anglo-saxons surtout. Les petites fiches que le libraire écrit pour Maya en chaque début de chapitre mettent sous le regard d’une nouvelle, d’un roman classique, les lignes qui suivront. Elles sont des fiches de recommandations et de conseils, pas uniquement dans le choix d’un livre mais aussi sur le moment de sa vie où ce livre peut nous toucher (parce qu’un livre ne nous parle pas de la même façon à 20 ou à 40 ans.) Chaque personnage dans ce livre vit un peu sa vie à travers des livres et choisit des bouquins qui lui ressemblent (dis-moi le livre que tu préfères, je te dirais qui tu es), ils vivent un peu leur vie par procuration.

Lentement, alors que les pages se tournent, AJ Fikry se fissure et se dévoile. Il autorise son cœur à aimer de nouveau. La librairie deviendra un lieu sacré de la petite communauté d’Alice où les femmes parlent bas pour critiquer (loin de moi l’idée de faire la une généralisation), et lisent des livres de couples (préférence si c’est un peu compliqué, ça rassure) ; et où les flics lisent des romans policiers pour en critiquer dans leur cercle de lecture les ficelles un peu trop faciles. Ça ne se passe jamais comme ça dans la vraie vie.

Assez facilement je me retrouve dans les vies d’Amelia, de M. Fikry ou de Lambiase, le policier devenu l’ami. Identification pas toujours glorieuse j’en conviens puisque ce ne sont pas dans leurs meilleurs moments. Gabrielle Zevin alterne les moments graves et heureux, les tentatives de séductions ratées (pas facile de trouver chaussure à son pied dans une petite ville) aux atermoiements adolescents et alibis de Fikry quand il s’agit de se dire à celle qu’il aime. AJ retrouve une jeunesse qu’il semblait avoir oubliée et les pages mettent un peu de baume au cœur. Le cadre littéraire où les livres deviennent des personnages à part entière et des guides de vie m’enchante.

Parfois elle écrit trop vite et se permet de longues ellipses qui semblent rendre les choses vraiment simples (il est évident qu’une femme saine d’esprit des services sociaux confiera un enfant à un veuf alcoolique habitant au dessus d’une librairie juste parce que ce veuf qui n’a jamais été père montre le feuillet qu’a déposé la mère de l’enfant au moment de le laisser là… Et il est aussi évident qu’un vieil (surtout dans sa tête, il est vieux parce qu’il a perdu tout idéal) homme va instantanément s’imaginer père d’une enfant qu’il ne connaissait pas deux jours avant… Rien que de plus normal. :-))

L’auteur aborde avec sensibilité et sans mièvrerie la solitude qui empêche de vivre et dans laquelle on peut s’enfoncer sans y prendre garde, de la vie qui peut être heureuse et prendre des chemins que l’on n’attendait plus, de la mort qui arrive sans prévenir et qui nous laisse là, à devoir continuer à vivre, de l’amitié qui soutient et de tous ces petits trésors qui nous surprennent si seulement on prend le temps de les voir.

Je n’aurais pas trouvé ce livre sur les étagères de la Librairie de l’île dans les premiers chapitres, pourtant je suis sûr, malgré qu’il représente tout ce que détestait Fikry, qu’il y aurait trouvé bonne place quelques pages plus loin et que le libraire l’aurait barré d’une recommandation.

PS : Si on pouvait arrêter un instant avec les titres à rallonges qui fleurissent depuis quelques années… 🙂

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « L’histoire épatante de M. Fikry et autres trésors », si vous l’avez acheté après avoir lu un avis quelque part, n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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4 réflexions sur “L’histoire épatante de M. Fikry & autres trésors

    • Bonne lecture à toi donc… Bon, comme il sort aujourd’hui en broché, il faudra attendre un peu pour le trouver en poche peut-être…

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