Into the Wild

Into the Wild CoverPar Jon Krakauer

Toujours plus loin. Toujours plus seul. Inspiré par ses lectures de Tolstoï et de Thoreau, Christopher McCandless a tout sacrifié à son idéal de pureté et de nature. Après deux années d’errance sur les routes du Sud et de l’Ouest américain, il rencontre son destin (à vingt-quatre ans) au cœur des forêts de l’Alaska. Un parcours telle une étoile filante dans la nuit froide du Grand Nord.

« C’est un voyage à travers une Amérique très petite et très grande, à travers des paysages aussi beaux que les avait rêvés un jeune homme qui prit juste le temps de les atteindre. C’est un voyage absurde et exaltant, qui commence par un geste de folle liberté et s’achève par une mort de haute solitude. Bref, c’est une histoire. Et elle a le mérite et la tristesse d’être vraie. » Danièle Heymann, Marianne

« On peut vraiment dire qu’Alex était intelligent (…). Il lisait beaucoup, se servait de beaucoup de grands mots. Je pense que, peut-être, une partie de ses ennuis est venue de ce qu’il pensait trop. »

Je découvris Into the Wild par l’intermédiaire du film de Sean Penn, que je tardais à aller voir du fait du lynchage des critiques du Masque et la Plume sur France Inter. Devant l’insistance de quelques amis, je le regardais finalement. Ma première impression fut plutôt négative quant à l’histoire même de ce Chris. Je ne voyais que l’arrogance et la bêtise d’un jeune homme de bonne famille qui pensait pouvoir tout envoyer valdinguer, soigner son mal-être dans l’immensité de l’Alaska et rejeter l’ensemble de ses pairs, famille comprise, en partant s’isoler dans un bus vert et blanc au milieu de nulle part. Je le trouvais imbu de sa personne, persuadé qu’il serait au final plus fort et que tout cela n’était pour lui qu’une forme de jeu, de vacances exotiques. Ce MacCandless s’était invité, mal préparé, dans une Nature qu’il n’avait pas tellement cherché à comprendre. Elle avait gagné. Il n’avait eu que ce qu’il méritait. Je ne trouvais rien de glorieux dans son attitude. Je n’avais pas cherché à comprendre. (Ne vous arrêtez pas là, même si cet avis semble plutôt tranché, s’il vous plait… :-))

Il y a un mois j’eus la chance d’aller moi-même en Alaska. Au départ, l’idée était de voir les aurores boréales, même si, bien entendu, les grands espaces et la nature triomphante de cette région exerçaient sur moi une forte attraction. Lorsque j’annonçais mes projets à des amis, Chris McCandless s’invitait souvent dans la conversation, mais non, je n’irai pas voir le Magic Bus qui fut sa dernière demeure. Je m’y rendis au début du mois de mars 2015 avec un ami (il tient d’ailleurs un blog sur lequel il a publié quelques superbes photos de cette région : ici ou ) et pu me rendre compte à quel point l’endroit est vraiment fascinant. Cela me donna la furieuse envie de regarder à nouveau ce film et de me plonger dans le récit de Krakauer.

Ce que je fis donc dès mon retour.

En 1992, le jeune homme est retrouvé dans un bus au milieu de l’Alaska, dans le parc du Denali. Mort. Le magazine Outside demande à l’auteur d’écrire un article sur cette aventure. Article publié en 1993 (il est possible de le lire ici, en anglais) qui divise l’Amérique. Les uns considérant McCandless comme un inconscient mal préparé qui l’avait bien cherché, les autres saluant son esprit d’aventure. Ce livre est la version longue de l’article d’Outside. Il est d’abord paru sous le titre « Voyage au bout de la solitude » (titre qui, je trouve, traduit fort mal la version anglaise et, de plus, ne me semble pas vraiment en ligne avec le discours.)

Chris McCandless est, en effet, un enfant de bonne famille. Il ne sait se conformer à aucune règle qu’il trouve stupides et inutiles. Cela lui joua des tours dans son enfance et sa jeunesse. Il tient à tout prix à son indépendance. Toute tentative de le faire changer de la direction qu’il s’était tracée, de le diriger ou de lui enseigner quelque chose sur la bonne façon de faire était vouée à l’échec. Il n’en faisait qu’à sa tête, refusant de corriger ces travers. Il lit beaucoup, surtout London, Thoreau ou Tolstoi. Il confond parfois les récits et leurs auteurs, oubliant que les personnes qui écrivent des romans ne décrivent pas des faits réels mais imaginés et que, bien qu’exaltants, les idéaux défendus dans certains livres par ses auteurs fétiches n’ont pas toujours été mis en pratique par lesdits écrivains.

Chris est un romantique idéaliste, assez peu soucieux de sa sécurité qu’il risque parfois inconsciemment, mais parvient à toujours s’en sortir. Pourtant il aime la vie. Trop pour la perdre dans une sorte de sécurité ou de confort étouffant. Juste après avoir reçu son diplôme de l’université d’Emory, il part au volant de sa Datsun pour deux ans de voyages à travers les Etats-Unis avec en tête le Nord, l’Alaska, où il avait déjà mis les pieds quelques années plus tôt. Et je peux comprendre cette envie de revenir vivre une expérience dans cet endroit sauvage et majestueux. Malgré quelques détours donc, sa boussole lui indique sans cesse le Nord, il en rêve et se détache de chaque lieu où il commence à se sentir trop sédentaire pour reprendre le route. Sur celle-ci il rencontre de nombreux marginaux, il voyage le pouce levé, en hobo sautant dans les trains pour le mener où bon lui semble. Il va changer de nom pour devenir Alex Supertramp. Une façon de laisser son passé derrière.

Krakauer tente de comprendre ce jeune homme en disséquant ce qu’a été sa vie, ses relations amicales ou familiales, celles d’un homme qui aime la solitude sans pour autant être misanthrope ou asocial. Il a de nombreux amis et fait preuve de beaucoup d’empathie vis à vis des gens qu’ils croisera. Chris prend très au sérieux les relations humaines et ne se lance pas dans celles-ci à la légère. Il laisse d’impérissables souvenirs à ceux qu’il rencontre. Notamment le vieux Ron Franz (nom d’emprunt, il lui écrira la lettre dont je reproduis ci-dessous un extrait), le céréalier Wayne Westerberg et les rubber tramps Jan et Bob Burres à qui il donna régulièrement des nouvelles au cours de son voyage, les recroisant plusieurs fois et les considérant en quelque sorte comme des familles de substitution, ou plutôt eux trois le considéraient-ils comme un fils. Toutefois MacCandless fuit quand l’intimité devient trop grande, avant que la charge émotionnelle ne le submerge et que ceux avec qui il reste n’attendent quoique ce soit de lui.

Dans sa tentative d’explication, l’auteur interroge ses amis, sa famille, ceux qui lui étaient proches. Il se plonge dans la correspondance du jeune homme avec ceux qu’il a pu croiser, interviewe longuement chacun dans un travail d’investigation fouillé. Dans le livre, il fait également quelques apartés en s’intéressant à l’histoire d’autres amoureux des grands espaces, sans attaches, il en fait des parallèles avec Chris. Le récit devient autobiographique quand c’est sa propre histoire qui nous éclaire un peu sur la fascination que semble avoir exercé Chris McCandless sur Krakauer. Il y trouve de nombreuses similitudes, tant rapport avec la figure du père, qu’avec les règles ou la Nature. Krakauer est lui-même aventurier et alpiniste, il a publié notamment un livre sur une expédition sur l’Everest. Le parti pris de son récit est parfois contesté par d’autres versions. Parce que bien qu’il s’agisse d’un travail journalistique, il y a une part subjective dans ce que l’auteur décrit. Toute l’histoire de McCandless n’est pas connue ou décrite dans son journal (journal somme toute assez sommaire) ou dans les livres qu’il a lu, souligné, annoté. Il y a des blancs à compléter, des réflexions du jeune homme a imaginer. Krakauer ne raconte pas les choses dans un ordre complètement chronologique, ce qui le rend parfois difficile à suivre. Il a toutefois publié sur internet une carte des voyages de Chris qui m’a permis de suivre chacune de ses étapes (ici).

Mais qu’importe si la véracité du récit peut-être mise en doute parfois. L’essentiel n’est pas là dans ce livre. Krakauer s’interroge et nous interroge sur nos sédentarités et nos conforts, nos conceptions du bonheur, nos rapports à la Nature, nos relations humaines de façon, je trouve, assez brutale. Il agrémente chaque début de chapitre d’extraits de livres d’auteurs anglo-saxons prônant la vie à coté de la société actuelle. Certains sont des passages soulignés par Chris McCandless, ils permettent de comprendre la nourriture littéraire dont il s’est abreuvé et sur laquelle il s’appuyait. C’est donc d’abord l’histoire d’un jeune homme passionné qui va au bout de ce qu’il entreprend et rêve. Un peu fou, peut-être, mais entier, et loin de faire partie de ces inconscients qui rêve la vie en pleine Nature sans en considérer les risques. Du moins c’est le point de vue de Krakauer.

Si McCandless avait pu revenir, s’il n’était pas mort de malnutrition, peut-être ses aventures auraient-elles été considérées et appréciées. Peut-être, comme d’autres américains venus vivre en Alaska, aventuriers dans leur jeunesse, repoussant les limites, mais s’en étant sortis, serait-il devenu une forme de figure locale. Mais voilà, Chris n’avait pas pris de carte. Il voulait découvrir des espaces encore inconnus, comme il n’y en a pas, la meilleure façon de s’affranchir de cela est peut-être de ne pas emporter avec soi de carte. S’il en avait eu une alors il aurait peut-être trouvé un passage lui permettant de revenir vers l’autoroute qui n’était pas si loin. Triste ironie.

Et comme l’auteur le fait dire à Ken Sleight : « MacCandless a au moins essayé de vivre son rêve. Il a essayé. Peu de gens le font. »

Mc Candless

« J’aimerais te redonner ce conseil encore une fois : je pense que tu devrais changer radicalement ton style de vie et te mettre à faire courageusement des choses que tu n’aurais jamais pensé à faire, ou que tu as trop hésité à essayer. Il y a tant de gens qui ne sont pas heureux et qui, pourtant, ne prendront pas l’initiative de changer leur situation parce qu’ils sont conditionnés à vivre dans la sécurité, le conformisme et le conservatisme, toutes choses qui semblent apporter la paix de l’esprit, mais rien n’est plus nuisible à l’esprit aventureux d’un homme qu’un avenir assuré. Le noyau central de l’esprit vivant d’un homme, c’est sa passion pour l’aventure. La joie de vivre vient de nos expériences nouvelles et donc il n’y a pas plus grande joie qu’un horizon éternellement changeant, qu’un soleil chaque jour nouveau et différent. Si tu veux obtenir plus de la vie, Ron, il faut perdre ton inclination à la sécurité monotone et adopter un mode de vie désordonné qui dans un premier temps te paraîtra insensé. Mais une fois que tu seras habitué à une telle vie, tu verras sa véritable signification et son incroyable beauté.
Mais j’ai bien peur que tu ne tiennes pas compte de mon conseil.
(…)
J’ai bien peur qu’à l’avenir tu suives cette même tendance et qu’ainsi tu ne découvres pas toutes les choses merveilleuses que Dieu a disposées à notre intention autour de nous. Ne t’établis pas à un seul endroit. Déplace-toi, sois un nomade, que chaque jour t’offre un nouvel horizon. Tu as encore beaucoup de temps à vivre, Ron, et ce serait une honte de ne pas saisir l’occasion de révolutionner ta vie pour entrer dans un champ d’expérience entièrement nouveau.
Si tu penses que la joie vient seulement ou principalement des relations humaines, tu te trompes. Dieu l’a disposée tout autour de nous. Elle est dans toute chose que nous pouvons connaître. Il faut seulement que nous ayons le courage de tourner le dos à nos habitudes et de nous engager dans une façon de vivre non conventionnelle.
A mon avis, tu n’as pas besoin de moi ou de quiconque pour introduire cette nouvelle lumière dans ta vie. Elle attend seulement que tu la saisisses, et tout ce que tu as à faire c’est d’étendre le bras pour la prendre. Tu es la seule personne que tu doives combattre, avec ta réticence butée à t’engager dans une vie nouvelle…»

Chris MacCandless à Ronald Franz

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Into the Wild », si vous l’avez acheté après avoir lu un avis quelque part, n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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3 réflexions sur “Into the Wild

  1. Je crois que pour comprendre du mieux possible, ce pourquoi il a fait ce choix là, ce qu’il lui est arrivé, les deux vont ensemble ; le livre et le film. Ta première partie allait me mettre en colère – j’exagère un peu, mais tu t’es bien rattrapé. Je crois que la phrase que tu as choisi « MacCandless a au moins essayé de vivre son rêve. Il a essayé. Peu de gens le font. » sonne juste et résume assez bien le tout.
    Ce livre et ce film comptent énormément pour moi, je ne sais pas tellement pourquoi d’ailleurs. Chris me touche, je comprends sa démarche. Et l’ironie du sort, m’interpelle à chaque fois – comme je peux pleurer devant le film même au bout de la quinzième fois… m’enfin, ce commentaire ne sera pas intelligent, mais plus émotionnel, j’en conviens. Mais je crois qu’il fait partie de ces livres ou de ces films à voir/lire absolument!
    ps : les photos de ton ami sont sublimissimes !!!

  2. Pingback: Wild | Le Quatrième de Couverture

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