Moi, j’attends de voir passer un pingouin

Moi j'attends de voir passer un pingouin

Par Geneviève Brisac

Comment se révolte-t-on contre l’idiotie, les pouvoirs, la cruauté, la violence ? Première par ordre d’apparition, Céleste veut un aspirateur et un peu de raison dans la maison. Nelson fils rebelle recueille, lui, le rat de laboratoire de son ami Jean-Pierre installé à demeure devant l’Hipopotamus. A qui et à quoi s’ajoutent des tas d’autres personnages, hommes ou bestioles, familiers ou légendaires. Tout un monde de liberté à conquérir, d’ourlets défaits, de buffles qui pleurent, de chats aveugles, de filles cruelles et inconscientes. Une arche de Né urbaine, contemporaine, joyeuse et courageuse.

En passant devant ce titre dans la librairie, je m’arrête. Il y a du loufoque, de l’absurde qui m’attire et m’interroge. En plus je suis dans ma phase pingouin (allez savoir ce que cela veut dire), je trouve que cette animal dans sa démarche gauche et mal assurée est tout simplement drôle. La couverture aux ours colorés réunis dans une manifestation de leur colère emporte mes dernier doute et je repars le livre sous le bras. Sans même lire la quatrième.

Geneviève Brisac à écrit ce livre sous contraintes, dans la collection Pabloïd des éditions Alma. L’idée de la collection étant d’écrire un texte à partir d’un des thèmes fondamentaux de l’art selon Picasso, à savoir « la naissance, la grossesse, la souffrance, le meurtre, le couple, la mort, la révolte et peut-être le baiser. » Elle a choisi la révolte.

Elle a bien des raisons de se révolter notre narratrice, écrivain au foyer, bousculée par sa concierge femme de ménage (« On encourage aujourd’hui des expressions plus modernes telles que : gardienne et aide ménagère ou technicienne de surface et soutien à la personne, mais Céleste préfère que je dise concierge et femme de ménage. Et même elle argumente. —   Excusez-moi, mais la surface chez vous, ça se discute, c’est pas le point fort, et technicienne pour moi, c’est plutôt exagéré. ») et tenue en échec par son fils Nelson (un prénom fort risqué, voyez Nelson Mandela ou l’amiral…), un peu trop mâture pour son âge, qui a une mère a charge. Pourtant elle ne le fait pas et semble complètement dans sa bulle d’artiste se laissant ballotter par les événements. Elle a « l’art d’aligner les journées pour ne rien vivre. » Elle se contente d’inviter dans son imaginaire quelques personnages, Rosa Luxemburg, au nom si poétique, Gauguin qui fuit Van Gogh et toute une impressionnante ménagerie qui transformera progressivement son appartement parisien en centre d’accueil animalier, au bon vouloir du Nelson. Et, au final (expression à ne pas dire) c’est contre elle que chacun se révolte, devant son absence de réaction ou son cynisme assumé. Notre auteur tourne en rond devant une feuille de plus en plus blanche à mesure que les pages se tournent et que son histoire ne mène à rien.

Du loufoque et de l’absurde, j’en trouve dans cette fable au style sautillant et frais, très poétique. L’auteur passe d’une anecdote à l’autre ou du coq à l’âne, pour reprendre le thème de l’animalerie, au gré de ses réflexions dont certaines me touchent, d’autres me laissent de marbre, avec pour seul fil rouge, semble-t-il, un animal blessé qui fait son apparition entre les lignes, lui-même regardant passivement la vie suivre son cours. Entre digressions et coups de gueule elle nous entraîne jusqu’au jour où elle renonce à l’ambition. Les personnages sont haut en couleur même si certains ne font que passer. Je souris mais ne ris pas comme certains critiques ont pu le dire. Peut-être suis-je passé à côté de ce petit livre qui ne me laissera pas un souvenir inoubliable, si ce n’est son titre insolite. Et quelques passages dont celui ci…

« Je pense à l’usage frénétique de l’expression c’est sympa. Je l’observe depuis quelques temps. J’y vois de l’inquiétude et du déni. Une prudence. Une absence de passion. Une rentrée sympa, un dîner sympa, deux pies sympas, un film sympa, un boulot sympa, un aspirateur sympa : on n’en demande pas plus, on s’en contentera, ne nous mouillons pas, ne prenons pas trop de risques car qui sait ce que l’avenir nous réserve.
Nous répétons ce mot sympa, comme un mantra, tant nous savons que le monde où nous dérivons et trébuchons ne l’est pas. Sympa. »

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Moi, j’attends de voir passer un pingouin », si vous l’avez acheté après avoir lu un avis quelque part, n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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3 réflexions sur “Moi, j’attends de voir passer un pingouin

      • Merci ! Dis-donc, un dodo (me semble-t-il) en avatar et un nom rappelant un des animaux que j’ai le plus chroniqué ces derniers temps… 🙂 nous sommes fait pour nous entendre…

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