Le lune est blanche

La lune est blanchePar François & Emmanuel Lepage

L’Antarctique est le continent le plus sec, le plus froid, le plus difficile d’accès. C’est le monde des extrêmes.

En 2011, Yves Frenot, le directeur de l’IPEV, l’institut polaire français, invite François et Emmanuel Lepage à rendre compte, dans un livre mêlant bande dessinée et photos, d’une mission scientifique sur la base française antarctique Dumont d’Urville, en terre Adélie.

En outre, il leur propose de participer, comme chauffeurs, au raid de ravitaillement de la base Concordia, située au cœur du continent antarctique, à 1 200 km de Dumont d’Urville !

Le Raid, comme on l’appelle, est LA grande aventure polaire !

Pour les deux frères, ceux serait l’aventure de leur vie…

Mais rien ne se passera comme prévu !

Je ne vais pas vous dire encore mon admiration pour Emmanuel Lepage et son coup de crayon magistral. Ce serait me répéter après les nombreux billets que je lui ai consacrés. Il m’avait déjà emmené à sa suite sur le Marion Dufresne dans son Voyage aux îles de la Désolation. Il récidive à nouveau pour une aventure plus folle encore. Il y embarque son frère, François, photographe. Il était déjà à bord du Marion Dufresne également, mais les récits qui en avaient suivis étaient distincts. Pas de travail en commun. Et parmi les scientifiques et techniciens de l’Institut Paul-Émile Victor ou des TAAF, ces hommes qui passent un moment dans cet univers nu et glacé, la bande dessinée était restée.

L’Institut Paul-Émile Victor propose à nouveau à Emmanuel Lepage de partir, cette fois-ci non pas vers Crozet, mais vers la Terre Adélie, la base Dumont d’Urville, l’inlandsis… Un rêve. Est-ce seulement possible. Le rêve devient réalité après quelques incertitudes. Rien n’est sûr sur la glace de l’Antarctique. La météo est maîtresse, tous doivent se plier à ses caprices et attendre. Plus encore, les deux frères ne seront pas simples témoins de la vie dans la base française, ils prendront part au Raid, étonnant convoi vers la base franco-italienne Concordia, à 1200 kilomètres des cotes, isolée de tout, qu’il faut ravitailler chaque été. Ils seront acteurs aux volants d’impressionnantes machines conçues pour supporter le froid, les vents, les glace, aux cotés d’habitués, intérimaires de l’Antarctique qui vivent une deuxième vie lorsqu’ils sont en métropole.

La lune est blanche dessin2

La lune est blanche – Emmanuel Lepage – Page 12

Pas évident pour eux de trouver leur place parmi ces hommes aux visages cinématographiques qui n’en sont pas à leur premier Raid et qui les observent comme deux touristes venus là passer quelques vacances. Mais le dessin et la photo brisent très rapidement la glace. L’ambiance devient chaleureuse. Ils sont embarqués dans l’aventure. Moi aussi. Les rivalités des deux frères ressurgissent parfois, ce voyage comme un exutoire qui souderait à jamais leur fraternité et cicatriserait peut-être quelques blessures.

Les photos de François viennent au milieu des nombreux dessins d’Emmanuel, comme pour nous rappeler que rien de tout cela ne sort de son imagination, que tout est réel même si j’ai parfois l’impression d’avancer dans un monde qui ne l’est pas.

ANTARCTIQUE : Le convoi de ravitaillement de Concordia

La lune est blanche – François Lepage – Pages 188-189

Dessins et récits sont, encore une fois, fantastiques. Ils m’entraînent à la suite des deux frères, moi aussi sur la banquise où je doute de poser le pied un jour, peut-être que, comme ils le disent plusieurs fois, « ceux qui passent leur temps dans les livres ne vivent pas ». J’ai envie de leur emboiter le pas pourtant. Mais tout semble si fou et irréel dans cet album où la lumière des photos est magnifique, où parfois je m’arrête sur une vignette me demandant s’il s’agit de François ou d’Emmanuel.

La lune est blanche - Emmanuel Lepage - Page 120

La lune est blanche – Emmanuel Lepage – Page 120

Emmanuel Lepage raconte l’histoire de ce continent en sépia, entre Dumont d’Urville, Scott, Amundsen, Charcot et tant d’autres qui ont été fasciné par ce continent qui avait été tant dessiné avant d’être arpenté et dont les bases sont baptisées de leurs noms à jamais associés au continent dédié à l’exploration scientifique et à la paix, qui a vu tant d’anachronismes alors que scientifiques russes et américains travaillaient ensemble alors que la guerre froide grondait partout ailleurs. Un havre. Les hommes qui passent plusieurs mois, une année, en Antarctique ne souhaitent pas être considérés comme des héros ou des aventuriers. Juste des hommes comme les autres qui ont un rêve et qui le vivent. Un peu comme François et Emmanuel qui vont au bout à force de persévérance et de fatigue.

En filigrane il raconte ses doutes, ceux de son frère, ce qui l’a mené jusque là, bloqués dans pack à attendre que la glace veuille bien leur ouvrir un passage. François écrit à Marile, sa compagne, tentant de décrire l’indescriptible. Parfois il est dur de dessiner ou photographier, l’attente est longue, il n’y a rien. Rien que du blanc. Rien que le silence dans le vrombissement des machines. Rien que l’immensité d’un continent qui n’est pas encore souillé.

N’hésitez pas, plongez (enfin, au sens figurez, parce qu’au sens propre vous risqueriez d’avoir froid) dans les 250 pages de ce magnifique récit, prenez place à bord de l’Astrolabe, bravez les tempêtes et l’impatience pour apprendre l’humilité et la beauté.

La lune est blanche - François Lepage - Page 45

La lune est blanche – François Lepage – Page 45

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « La lune est blanche », si vous l’avez acheté après avoir lu un avis quelque part, n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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5 réflexions sur “Le lune est blanche

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