La terre sans mal

La_Terre_sans_mal coverPar Anne Sibran & Emmanuel Lepage

« Une étrange fierté réhaussait leurs épaules, donnant parfois à leurs regards les fulgurances d’un brasier. Alors, je le vis et je sus aussitôt que tout venait de lui.

Le Karaï, je le regardais, fascinée, incapable de détourner les yeux. Quelque chose semblait vibrer autour de lui. On aurait dit qu’il buvait la lumière. Je n’osais pas m’approcher. Et pourtant. J’aurais voulu savoir enfin où ils allaient. Mais il était dit qu’une fois encore il me faudrait risquer ma vie à courir après une question. »

Guayakis belliqueux, missionnaires jésuites, cathédrales oubliées, paysages changeants pour une traversée de l’Amérique du Sud d’est en ouest, La terre sans mal est le récit fabuleux d’un voyage magique, parfois tragique, toujours fascinant.

Emmanuel Lepage et Anne Sibran donnent à lire et à voir une histoire passionnée, remarquable de finesse et de sensibilité.

Vous reconnaitrez sans aucun mal le trait d’Emmanuel Lepage dans cet album. D’abord parce qu’il est magnifique et inimitable (enfin, si, peut-être), mais aussi parce que certaines planches rappellent beaucoup la série Muchacho qu’il scénarisera et dessinera 5 ans plus tard.

Anne Sibran nous entraîne à la suite d’Éliane Goldshmidt, une jeune française de 26 ans, un peu ethnologue, un peu botaniste, un peu linguiste, un peu folle peut-être, mais avec beaucoup d’idéaux dans la forêt paraguayenne à la rencontre des indiens guarani. Son directeur de thèse l’a envoyée là-bas pour y écrire un dictionnaire français – guarani, une aventure qui ne devait durer que six mois. Au début de l’album, elle en est déjà à son troisième voyage au cœur de la forêt. Nous sommes en 1939, la seconde guerre mondiale frappe aux portes de l’Europe. Éliane est loin de tout cela, elle ne veut pas croire l’espagnol qui lui apprend que la guerre est déclarée.

Alors qu’elle arrive dans le village indien, elle retrouve les enfants qu’elle avait laissés là, avec plaisir et rires. Un grand voyage se prépare. Les hommes et les femmes se peignent le corps nu, un homme dieu approche. Avec ses chants il va les mener dans un voyage mystique vers la terre sans mal, un paradis terrestre et perdu depuis la nuit des temps de la mythologie guarani. Toute la tribu va le suivre. Éliane a peur. Que doit-elle faire ? Les suivre ? Rentrer ? Dans la tribu elle est Napagnouma, « la femme blanche qui fait pleurer son bâton », doit-elle redevenir Éliane et revenir en France où elle ignore tout de la guerre ou suivre ces hommes et femmes qui disparaissent et ne l’accepte pas vraiment comme une des leurs ?

Elle choisira l’aventure. La parenthèse de six mois marquera alors sa vie et durera le temps d’un voyage éreintant au travers de l’Amérique du Sud. Elle ne pourra plus rentrer avant la fin de la guerre. Elle deviendra un peu plus guarani. Un peu plus entre-deux.

La terre sans mal - Emmanuel Lepage - Page 47

La terre sans mal – Emmanuel Lepage – Page 47

L’album est construit comme un journal dont quelques pages sont reproduites dans les dernières pages. Le journal de la jeune femme, de ses doutes, de ces questions, écrit à destination de son fils. Éliane se heurte souvent à la culture des indiens qu’elle a du mal à comprendre parfois. Elle n’accepte pas leur détachement vis à vis des morts, elle considère cette quête comme une folie, elle sombre dans le doute, se demandant une fois de plus ce qu’elle fait là… Le point de vue est strictement celui d’Éliane. Et Éliane ne voit et ne comprend pas tout. Nous non plus donc. Peut-être le scénario aurait-il plus être plus poussé, mais Anne Sibran semble s’attacher plus aux sentiments de la jeune femme qu’à son travail scientifique, finalement secondaire.

Le dessin, encore une fois en couleurs directes, est magistral. Tant les visages que les paysages qui s’invitent sur de grandes cases parfois sans dialogue que je ne me lasse pas de contempler, voyageant un peu. Il parvient à retranscrire la tension, les tourments, la plénitude ou le danger de certains endroits traversés, les doutes et la peur des personnages…

L’association Sibran – Lepage fait mouche, même si certains albums de Lepage (on ne peut s’empêcher de comparer à force) me semblent plus poétiques et sensibles…

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « La terre sans mal », si vous l’avez acheté après avoir lu un avis quelque part, n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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