Les vieux fourneaux – #1 – Ceux qui restent

Les vieux fourneauxPar Wilfrid Lupano & Paul Cauuet

Vous êtes inconséquents, rétrogrades, bigots. Vous avez sacrifié la planète, affamé le tiers-monde ! En quatre-vingts ans, vous avez fait disparaître la quasi-totalité des espèces vivantes, vous avez épuisé les ressources, bouffé tous les poissons ! Il y a cinquante milliards de poulets élevés en batterie chaque année dans le monde et les gens crèvent de faim ! historiquement, vous… vous êtes la pire génération de l’Histoire de l’humanité !

Mimile, Pierre et Antoine sont trois septuagénaires. Ils se retrouvent à l’occasion de la crémation de Lucette, la femme d’Antoine. Il est un âge où les enterrements sont plus l’occasion de réunion que les baptêmes ou les mariages. Chacun des trois a suivi son chemin tout au long de sa vie, dans des directions bien différentes. L’un semblant fuir en permanence, l’autre éperdument amoureux à jamais de sa femme, évidemment parfaite, le dernier dans un engagement anarchiste (ni yeux ni maître) parisien et de troisième âge. Leurs retrouvailles sont l’occasion d’évocation de souvenirs militants du temps où ils travaillaient chez Garan Servier, laboratoires pharmaceutiques.

Les vieux fourneaux 2

Les vieux fourneaux – #1 – Ceux qui restent – Paul Cauuet

 

Une lettre testamentaire de Lucette vient bouleverser la routine vieillissante de nos trois compères, poussant l’un à la jalousie vengeresse, les deux autres à une tentative désespérée de l’en dissuader en le poursuivant en camionnette siglée du nom du petit théâtre de marionnettes, « Le loup en slip », créé par Lucette et repris par sa petite fille, Sophie, qui plaque tout un jour pour venir reprendre le flambeau, sautant une génération. Sophie, petite fille d’Antoine ne manquant surtout pas de caractère (on lui doit la quatrième de couverture sur une aire d’autoroute), enceinte jusqu’au cou prend le volant jusqu’en Toscane, Mimile bricolant les marionnettes à l’arrière, Pierre racontant ses exploits anarchistes à l’avant.

Les vieux fourneaux - #1 - Ceux qui restent - Paul Cauuet - Page 9

Les vieux fourneaux – #1 – Ceux qui restent – Paul Cauuet – Page 9

Je ne connaissais pas Lupano mais cette bande dessinée me faisait de l’œil depuis déjà un certain temps. Je ne sais pas pourquoi dans mon esprit je l’associait à une chronique sociale de Davodeau. Finalement nous n’y sommes pas tout à fait. D’une vignette à l’autre je glisse sans temps mort des dessins de Cauuet (qui supportent à merveille l’univers de Lupano) aux bulles de Lupano, ému, souriant, riant devant les frasques et les coups de gueule de ces septuagénaires qui ont un peu oublié de vieillir. Ils me rappellent le fameux texte de Samuel Ullman sur la jeunesse. Eux, bien qu’un pied au bord de la tombe, en sont bien plus loin que bien des jeunes. Leurs idéaux sont toujours vivaces, ils ne se contentent pas de se laisser aller à une retraite certainement méritée. Pas d’apitoiement, pas de « c’était mieux avant », nos trois vieux sont encore dans le monde et peuvent encore le faire frémir, et ils tiennent à le faire savoir. Je les aime bien ces petits vieux aux caractères bien trempés qui nous entraînent dans une comédie intelligente où, malgré le nombre de pages limité (54), le scénariste prend le temps de dépeindre chacun en profondeur sans tomber dans le cliché facile du troisième âge bien que celui du gauchiste ne soit jamais loin, mais, contre toute attente, les riches ne sont pas toujours des grands méchants, les combats anarcho-syndicalistes des protagonistes semble parfois ridicule, tout s’enchaîne et me plait.

Au milieu de tout cela il y a Sophie et la nouvelle génération sans père qu’elle porte (signe d’un changement de société ?) qui s’emporte contre les aïeux sans vergogne qui donnent des leçons de développement durable aux plus jeunes quand eux-mêmes étaient loin d’être irréprochables. Elle apportera la petite touche de fraîcheur indispensable qui bousculera encore un peu nos anciens, comme si la complicité familiale avait sauté une génération.

Des dialogues savoureux, des dessins hauts en couleurs, des personnages attachants… je vous laisse, je me plonge dans le tome 2 !

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Les vieux fourneaux – #1 – Ceux qui restent », si vous l’avez acheté après avoir lu un avis quelque part, n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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5 réflexions sur “Les vieux fourneaux – #1 – Ceux qui restent

  1. Le texte de Samuel Ullman évoqué plus haut, souvent attribué à Mac Arthur, je l’adore, et ces trois vieux m’y ont fait penser pendant toute la lecture !

    Être Jeune

    La jeunesse n’est pas une période de la vie,
    elle est un état d’esprit, un effet de la volonté,
    une qualité de l’imagination, une intensité émotive,
    une victoire du courage sur la timidité,
    du goût de l’aventure sur l’amour du confort.

    On ne devient pas vieux pour avoir
    vécu un certain nombre d’années;
    on devient vieux parce qu’on a déserté son idéal.
    Les années rident la peau;
    renoncer à son idéal ride l’âme.
    Les préoccupations, les doutes,
    les craintes et les désespoirs
    sont les ennemis qui, lentement,
    nous font pencher vers la terre
    et devenir poussière avant la mort.

    Jeune est celui qui s’étonne et s’émerveille.
    Il demande, comme l’enfant insatiable  »Et après ? »
    Il défie les événements
    et trouve la joie au jeu de la vie.

    Vous êtes aussi jeune que votre foi.
    Aussi vieux que votre doute.
    Aussi jeune que votre confiance en vous-même
    aussi jeune que votre espoir.
    Aussi vieux que votre abattement.

    Vous resterez jeune tant que vous serez réceptif.
    Réceptif à ce qui est beau, bon et grand.
    Réceptif aux messages de la nature,
    de l’homme et de l’infini.

    Si un jour votre cœur allait être mordu
    par le pessimisme et rongé par le cynisme,
    puisse Dieu avoir pitié de votre âme de vieillard.

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