En finir avec Eddy Bellegueule

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Par Édouard Louis

En vérité, l’insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n’a été que seconde. Car avant de m’insurger contre le monde de mon enfance, c’est le monde de mon enfance qui s’est insurgé contre moi.Je n’ai pas eu d’autre choix que de prendre la fuite. Ce livre est une tentative pour comprendre.

Si vous aimez la pudeur, passez votre chemin, ce livre n’est certainement pas pour vous !

Édouard Louis avait fait parlé de lui l’année dernière avec ce premier livre que l’éditeur qualifiait de roman, insinuant un doute quant à l’aspect autobiographique de l’écrit. Pourtant le style l’est clairement, autobiographique. Je l’avait mis dans la liste de ce que je voulais lire, je ne sais pas bien pourquoi, n’étant pas spécialement voyeur ni même touché par le thème abordé.

Édouard Louis nait Eddy Bellegueule en 1992 dans un village de Somme qu’il nous dépeint comme un lieu que le modernisme ne semble pas avoir atteint, englué dans la pauvreté, le chômage, l’illettrisme, la saleté, la consanguinité et la reproduction de la norme du village, les hommes ne font pas d’études et vont à l’usine, les femmes en font encore moins et sont caissières ou femmes de ménage. On ne sort pas facilement d’un tel milieu. Les hommes se doivent d’être des durs, qui se battent, s’insultent, parlent grave et roulent des mécaniques. Eddy n’est pas vraiment cela. Pas du tout d’ailleurs. Sa voix est fluette, sa démarche efféminée, il préfère sortir avec des filles qu’avec des garçons, n’apprécie pas le football qui pourtant réunit tous les hommes du village. Comment accepter cela dans un monde où le racisme et l’homophobie sont légion ? Eddy ne peut pas s’accepter. Son père l’insulte et le bouscule, sa mère ne comprend pas, les collégiens lui crache dessus et le frappe. Tafiole. Pédé. Pédale… Les sobriquets sont violents, permanents et nombreux. Eddy nie l’évidence. Il est un homme, il doit aimer les femmes, il doit jouer avec des garçons, il doit vouloir aller à l’usine. Il va tout essayer. Jusqu’à l’échec et la fuite.

Le département de la Somme n’utiliserait certainement pas ce livre pour donner envie de venir passer quelque vacances dans leur beau département (si si…), décrit comme une enclave d’un temps qui aurait suspendu son vol, sans toucher aux campagnes industrielles. Exagération ? Je ne sais pas. Toujours est-il que le ton est dur. Pourtant, pas de manichéisme. Oui, Eddy Bellegueule est bousculé, hué, salit. Pourtant ses parents l’aiment. Ceux qui lui crachaient dessus lui font un triomphe à une fête de fin d’année. Celui qui semble le moins homosexuel le pousse à l’acte… Rien n’est simple. L’auteur décrit très bien son propre déni, devenant lui-même homophobe, ses sentiments et pulsions le dégoûtant. Il tente bien d’entrer dans la norme. De s’intéresser aux filles. De faire en sorte que tous les sachent et le voie… Cela changerait sûrement leur regard sur lui. Mais c’est trop tard. Il ne lui restera que la fuite loin de ces parents et de tous ceux là qui lui ont fait mal.

L’auteur navigue dans son enfance sans vraiment d’ordre chronologique, nous perdant parfois. Le style est très agréable à lire, comme un ami qui nous raconte son histoire, par petite touche, selon ce qui lui revient en mémoire. Pas de dialogues non plus, il raconte, il reproduit ce qu’il se souvient des discussions qu’il a pu avoir, peut-être un peu transformé. J’ai parfois du mal à me dire qu’il s’agit d’un récit autobiographique tellement les situations semblent caricaturales parfois, ou alors est-ce seulement moi qui n’imagine pas que de telles réactions puissent encore exister… qui sait ?

Ce récit se lit d’une traite, sans repos, sans respiration. Parfois sale, oubliant la pudeur, comme un exutoire nécessaire pour qu’Eddy Bellegueule puisse devenir Édouard Louis. Et puis, si vous trouvez qu’il en dit trop, alors ne lisez pas !

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « En finir avec Eddy Bellegueule », si vous l’avez acheté après avoir lu un avis quelque part, n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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2 réflexions sur “En finir avec Eddy Bellegueule

  1. Je l’avais mis dans ma Wishlist quand il était passé dans la grande librairie, mais à chaque fois que je passais devant, je n’arrivais pas à l’acheter. Pour la « rudesse » des lignes, je crois. Je ne sais pas. Et ta chronique ne m’aide pas à me décider.

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