La pyramide des besoins humains

La pyramide des besoins humains

Par Caroline Solé

L’ensemble des besoins des êtres humains peut être classé en cinq catégories. Aujourd’hui, cette théorie est le principe d’un nouveau jeu de télé-réalité : La pyramide des besoins humains. Nous sommes 15 000 candidats, et dans cinq semaines il n’en restera plus qu’un. Et moi dans tout ça ? Disons que je m’appelle Christopher Scott. Disons que j’ai dix-huit ans. Que j’habite sur un morceau de carton, dans la rue, à Londres. Enfin, peu importe mon nom, peu importe mon âge. Je suis le candidat no 12 778. Je n’existe pas encore. Mais je risque fort de devenir quelqu’un, et même quelqu’un de célèbre. Et c’est bien ça le pire.

La télé réalité prend des hommes et des femmes pour en faire des stars portées par les clameurs d’une foule qui veut voir l’anonyme gagner, puis elle les broie sans pitié, détruisant ce qu’il reste d’humanité en chaque candidat, les transformant en personnages impersonnels qui n’agissent plus que pour gagner la faveur du public et passer à l’épreuve suivante. « Si, un jour, la célébrité vous tombe dessus comme la fiente d’un pigeon sur la tête, ne perdez pas de temps à vous pavaner derrière des lunettes de soleil : fuyez. Fuyez au plus profond de vous même sans craindre votre ombre, elle ne mord pas. »

Peut-être avez-vous un jour croisé dans vos rues ce grand 4 par 3 intrigant ?

La pyramide des besoins humains imagePersonnellement, en achetant le livre, je n’avais pas fait le lien… Et pourtant il s’agissait d’une fantastique campagne de communication pour le livre (édité à l’école des Loisirs) que je viens de terminer ! Je me souviens même à présent avoir été voir sur internet ce qu’il y avait derrière cela, étant particulièrement sensible aux théories de Maslow sur le sujet… Et bien voilà, il s’agissait d’un nouveau jeu de télé-réalité.

Un jeu d’un nouveau genre apparaît sur nos écrans, 15 000 candidats devront prouver chaque semaine que leurs besoins sont satisfaits en suivant la théorie de Maslow, les internautes voteront. Trois clics suffisent pour s’inscrire, pas de photo, pas de livret de famille, trois clics et un nom qui pourra être inventé de toutes pièces garantie d’une sorte d’anonymat que les candidats ne cherche pas. Soyez célèbres. Soyez connus. Christopher a 15 ans, qu’à cela ne tienne pour le jeu il en ajoutera trois bien mérité. Christopher vit dans une rue de Londres, avec Jimmy, l’ami qui le soutient et partage sa chambre étoilée. Fugueur intrigué et attiré par la pyramide qui tournoie il clique, trois petits mouvements qui le propulserons en dehors de sa vie. Tout le monde parlera de lui. Ou plutôt tout le monde parlera de ChristopherScott54, le pseudonyme qu’il s’est choisi, sans se douter qu’ils passent peut être chaque jour à ses côtés sans mêmes lui jeter un regard. Il est tombé dans l’ornière, bien au chaud sur leur smartphones les internautes le soutiendront ou l’insulteront de loin. Christopher va vivre à la troisième personne. On parle de lui comme d’un autre alors qu’il est là, devant, nu, sale, affamé. Aucun de ses besoins n’est satisfait et pourtant il parviendra à la finale (aucun spoil, on le sait dès la quatrième de couverture qu’il ne peut qu’aller là.)

Le texte est court et se lit d’une traite. Christopher est un peu comme son homonyme d’Into the Wild. Un peu idéaliste, paumé, ne cherchant à vivre qu’une vie simple, tiraillé entre sa famille qui ne semble pas tant le chercher et son carton qui l’accueille chaque soir. Christopher est un peu comme Ram Mohammad Thomas, le protagoniste du livre de Vikas Swarup, Les Fabuleuses Aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire. Il gagne sans le vouloir, porté par sa chance et son histoire qui touche. On pourrait s’attendre à un récit dégoulinant de sensiblerie rosâtre qui vous inviterait à vomir.

L’auteur, pour un premier livre, ne se prend pas les pieds dans le tapis. Pas facile pour une femme d’écrire sur un garçon perdu dans les rues à la première personne. Peut-être alors la vie de la rue en est-elle édulcorée, sans pour autant sembler facile. La violence glisse sur les épaules de Christopher. Critique acerbe d’un monde ultra connecté qui ne voit plus l’homme qui dort dehors, devenant mobilier, ou la femme qui écarte les jambes pour le plaisir des bons pères de familles, devenant objet, qui court sans jamais s’arrêter, critique d’une télé-réalité manipulée qui hisse sur un trône glorieux des anonyme avant de les torpiller aussi vite, ce texte questionne aussi sur nos propres besoins, nous qui lisons cette chronique sans peut-être avoir à nous soucier de ce qui remplira notre assiette dans quelques heures. Il nous invite à une certaine humilité.

La fin pourrait sembler toute tracée, pourtant « une partie de foot ne se gagne pas en ligne droite. Il faut bien dribbler. Avant la finale de La pyramide des besoins humains, il y en a eu, des zigzags. »

Le site de l’auteur : http://carolinesole.com/

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « La pyramide des besoins humains », si vous l’avez acheté après avoir lu un avis quelque part, n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

Si cette chronique vous a plu, n’hésitez pas à « suivre » ce blog en indiquant simplement votre adresse e-mail ci-dessous (aucune création de compte nécessaire).

 

Publicités

2 réflexions sur “La pyramide des besoins humains

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s