Petites coupures à Shioguni

Petites Coupures à Shioguni

Par Florent Chavouet

Kenji avait emprunté de l’argent à des gens qui n’étaient pas une banque pour ouvrir un restaurant qui n’avait pas de clients. Forcément, quand les prêteurs sont revenus, c’était pas pour goûter les plats.

Une jeune fille au pull rose volé un blouson. Deux policiers commandent des brochettes dans une gargotte de rue à côté de trois hommes aux costumes et lunettes noires. Un chef semble griffé par un tigre à la joue droite (bon, qui parfois passe à gauche, petit faux raccord). Des distributeurs de boissons sont pillés. Et yen rit ou yen pleure…

Tout s’entrecroise dans une chronologie douteuse et l’histoire se construit petit à petit, les pages se répondant les unes aux autres au fil des interviews du commissaire, retranscrites par l’agent MB352.

Petites coupures à Shioguni - Florent Chavouet

Petites coupures à Shioguni – Florent Chavouet

Où cela va-t-il nous mener ? Qui donc sont ces trois hommes en noirs, patibulaires mais finalement peu futés ? Qui est ce jeune restaurateur qui ferme boutique faute de client, d’argent, et offre son dernier poisson à une étrange cliente qui semble toute innocence ? Le scénario est un peu construit dans la lignée de Usual Suspect, le film de Bryan Singer. Chavouet nous plonge dans une course poursuite en plein cœur d’une ville nippone certainement imaginaire mais bien vivante. La construction des pages, loin de l’alignement usuel d’une bande dessinée, fait de ce livre à la couverture cartonnée sans dépassement un livre objet plus qu’agréable à feuilleter, un peu à la manière d’un carnet de voyage, univers d’où est issu l’auteur. L’exercice graphique est impressionnant, entre les pages de carnet policier permettant de raccrocher les morceaux au fil de l’enquête dans laquelle rien n’est simple et pleines pages de dessins à la fois sombres et colorés, comme éclairées par une lampe au sodium accrochée au plafond, révélant des ombres qui aimeraient sûrement se faire oublier et des détails à foison. Le dessin adopte des points de vue inhabituel, un peu à la manière d’un Tarantino qui place sa caméra là où on ne l’attend pas, Florent Chavouet laisse traîner son crayon pour nous offrir une perspective déconcertante. Le texte ne s’embarrasse pas de phylactères, il s’étale sur toute la page, comblant les espaces.

Petites coupures à Shioguni - Florent Chavouet

Petites coupures à Shioguni – Florent Chavouet

L’album se lit d’une traite, sans pause. Il n’en faut pas d’ailleurs pour ne pas perdre le fil haletant, les point de vues se répondant et se complétant, je me perd parfois un peu dans les personnages, qui est qui ? Cette scène se passe-t-elle avant ou après celle de la page précédente ? Qu’importe, il faut suivre… Chavouet nous tient en haleine tout au long de l’histoire dans un coup de maître qui ne laisse pas indifférent.

Petites coupures à Shioguni - Florent Chavouet

Petites coupures à Shioguni – Florent Chavouet

Découvrez sans tarder cet album entre polar et manga qui se dévore avec un grand plaisir et qui mérite bien son prix à Angoulème !

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Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Petites coupures à Shioguni », si vous l’avez acheté après avoir lu un avis quelque part, n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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2 réflexions sur “Petites coupures à Shioguni

  1. J’ai lu ce livre dernièrement. J’avoue avoir eu du mal à rentrer dedans et à bien saisir toute l’histoire mais l’alternance entre les personnages permet de comprendre ce qui se passe après (coup de téléphone, présence de personnages à tel endroit). Je conseille de le lire en une seule fois, j’ai fait l’erreur de m’arrêter en cours de route et il m’a fallu replonger dans l’histoire et la façon d’écrire. Les pages de dessin se succèdent aux pages du rapport de police et des petits détails semblant insignifiants se montrent d’une grande importance juste après.
    C’est assez déroutant comme livre mais j’a énormément apprécié l’histoire et je vous le recommande pour passer une bonne soirée d’intrigue avec un genre que je ne connaissais personnellement pas du tout.

    • Je confirme que c’est plutôt une bande dessinée à lire en une seule fois, un peu compliqué de rentrer à nouveau dans l’intrigue tant tout s’emmêle…

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