Les eaux troubles du mojito et autres belles raisons d’habiter sur terre

Les eaux troubles du mojito

Par Philippe Delerm

Elles sont nombreuses, les belles raisons d’habiter sur terre. On les connaît. On sait qu’elles existent. Mais elles n’apparaissent jamais aussi fortes et claires que lorsque Philippe Delerm nous les donne à dire.

Goûter aux plaisirs ambigus du mojito, se faire surprendre par une averse et aimer ça, contempler un enfant qui apprend à lire en bougeant imperceptiblement les lèvres, prolonger un après-midi sur la plage…

« Est-ce qu’on est plus heureux ? Oui, sûrement, peut-être. On a le temps de se poser la question. Sisyphe arrête de rouler sa pierre. Et puis on a le temps de la dissiper, comme ce petit nuage qui cachait le soleil et va finir par s’effacer, on aura encore une belle soirée. »

Je n’étais pas là pour ça, mais voilà, parfois la flânerie nous mène là où nous ne devrions peut-être pas être. A l’entrée, dans une brouette pleine des pages d’une rentrée plus marketing que littéraire, il y avait ce petit livre blanc au titre alcoolisé et prometteur. L’auteur nous avait déjà régalé d’une première gorgée de bière alors que je ne lisais pas encore. Il avait été une voix l’après-midi même dans une librairie radiophonique. Alors j’ai feuilleté, lu la première petite nouvelle. Deux pages. Si peu. Les mots s’assemblent les uns aux autres, parfois les verbes s’absentent, le texte se fait poésie et nous emmène autre part, dans un léger sourire de déjà vu, un silence nostalgique. Les moments anonymes de nos vies, sont joliment contés sous la plume tendre de l’auteur. La troisième personne est là, presque tout le temps. « On ». Comme si chaque texte était aussi un peu le sien. Comme si nous nous arrêtions, un long dimanche soir d’automne alors que la pluie dégringole derrière nos fenêtres, sur l’album un peu jauni de nos souvenirs. De toutes ces petites choses dont nous ne nous délectons même plus tant elles paraissent anodines et inutiles. Le temps de Lamartine suspend son vol. Tout s’arrête, figé et pourtant si vivant.

Souvenons nous du présent. Vivons dans le présent. Avec le sentiment que c’est presque impossible.

Les pages se tournent, les phrases halètent ou prennent leur temps, au bord d’une plage, dans le wagon bondé d’un métro ou d’un train dont la grève a fait tomber nos barrières égoïstes. Petites joies du quotidien, futiles et pourtant indispensables, pour s’émerveiller chaque jour de ce qui est beau.

La mangue et la goyave ont goût de goyave et de mangue. La pastèque n’a goût de rien, et c’est donc elle qu’on désire en vain. Elle est la perfection de son mensonge.

Ces pages ne servent sûrement elles-mêmes à rien, elles ne vous apprendront rien, n’inventeront pas une histoire ou feront vivre des personnages flamboyants. Rien que la magie de notre « tous les jours » qui peut nous sembler si fade et qui, à bien y regarder, peut s’avérer particulièrement délectable.

A chacun de découvrir la poésie de son quotidien…

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Les eaux troubles du mojito et autres belles raisons d’habiter sur terre », n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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12 réflexions sur “Les eaux troubles du mojito et autres belles raisons d’habiter sur terre

    • Heureux que les chroniques que j’écris te donne envie de lire ce que j’ai eu plaisir à lire… A part d’Ormesson à quel autre plaisir t’es tu adonnée ?

      • Avant toute chose, je dirais m’intéresser à l’oeuvre de Sylvain Tesson, me lancer enfin dans le Pierre Lemaitre, et surtout, prendre ici et là des idées pour les Bd (je n’en lis pas, je pense que tu t’en aies rendu compte…)
        Tu n’écris pas pour rien 😉

  1. Ce recueil m’a l’air très agréable à lire, tout à fait pour moi ! Le titre est alléchant et ta critique me donne envie de l’ajouter à ma wish-list 😉

  2. Merci pour ces mots que j’aurais aimé trouvé sur ce livre de mon auteur chéri…
    Merci beaucoup pour ces mots…

    • Le nom de votre blog semble en effet bien lié à ce que Philippe Delerm fait passer dans son recueil 🙂 (blog très beau d’ailleurs…)

  3. J’ai eu beaucoup plus de plaisir à lire ton billet que le livre en question! 🙂 Et c’est toujours très bien que les avis diffèrent, c’est ça qui fait la richesse des blogs!

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