Bouffon

Bouffon Couv

Par Porcel & Zidrou

Laissez-moi vous conter la cruelle histoire du bouffon qui le sot !- s’énamoura d’une princesse aussi jolie qu’il était repoussant. Laissez-moi vous conter l’histoire d’un baiser.
Le plus beau, le plus pur, le plus émouvant des baisers.

L’endroit est repoussant et suintant à souhait. Les hommes qui y viennent n’en ressortent que pour plonger une dernière fois dans les douves d’un château où règne un comte bouffi de sa supériorité qui ne copule avec des femmes que pour assurer sa descendance mais préfère la sodomie honnie et pourtant acceptée quand il s’agit de ses propres ébats avec de jeunes éphèbes qui bien vite passent de palefrenier à chevalier avant d’aller croupir là où ses beaux habits ne mettent pas les pieds. Rien n’a vraiment changé aujourd’hui pour qui veut grimper l’échelle sociale et voir un peu de soleil.

Bouffon - par Porcel & Zidrou

Bouffon – par Porcel & Zidrou

Comment une jeune et belle femme a-t-elle bien pu se retrouver la me direz-vous ? Elle n’eut pas trouvé grâce aux yeux du comte d’Astrat et n’eut donc pas pu briser son cœur. Mais voilà, la naïveté de l’enfance, à moins que ce ne soit l’adolescence, l’avait menée à vendre son corps pour trois sous aux preux chevaliers guerroyant dans les plaines et à leur chiper leur fortune quand la lame ennemie les laissait occis sur le champ de bataille. L’un d’eux l’avait poussée jusqu’au comte. Un amant que le comte aimait. Pour sûr elle trouverait auprès de lui protection et nourriture si elle se réclamait de son préféré. Elle ne trouva que désolation, et pourrit dans les geôles. Je ne vous fais pas vraiment un dessin de ce qu’il peut se passer alors qu’une seule femme, belle de surcroît, est enfermée à la merci de tous les passants. Elle continua sa besogne pour quelques pièces qui remplissaient la bourse du geôlier. Et arriva ce qui devait arriver, elle mit bât (et, pour une fois, ce ne sont pas mes mots). « La pauvrette était jolie. Très jolie. Aussi jolie et bien faite que son bébé était laid et difforme ». Si laid d’ailleurs que la chienne elle-même qui pourtant venait de dévorer ses propres rejetons s’en détourna. De pitié peut-être. Sûrement. Cela arrive.

Bouffon - Par Porcel & Zidrou

Bouffon – Par Porcel & Zidrou

Glaviot, puisque c’est ainsi qu’on le nomma, avec beaucoup d’ironie, cela n’étant autre qu’un crachat sale et malodorant, devint par un concours de circonstances le bouffon de la jeune fille du comte, Livia, qui venait de perdre son chien. L’adolescence arrive et avec elle l’a libido. Ce n’est pas parce qu’on est laid et difforme que l’entrejambe ne se manifeste pas (qu’on se le dise), mais bien sûr personne pour le satisfaire. Son amour fou pour la jeune comtesse fut toujours sans retour. Comment voulez-vous. Ah ! Je ne vous l’avais pas dit ? Cette histoire n’est pas un de ces contes que Walt Disney se plaît à parodier ou à la fin « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». Non non. Détrompez-vous. Zidrou nous raconte le beau autrement. Parce Glaviot a en lui un peu du sorcier. Il ressuscite d’un baiser les belles mortes trop tôt. Mais bon, qui voudrait seulement lui rendre son baiser ?

Bouffon - Par Porcel et Zidrou

Bouffon – Par Porcel & Zidrou

Porcel dans ses sombres couleurs nous entraîne dans un univers moyenâgeux sans pitié. Les envies que nous pouvons parfois avoir de revivre cette époque en visitant un château à moitié par terre prennent fin après cette lecture. Tout est sale, l’homme aussi.

Toute l’histoire nous est racontée par un autre malheureux locataire des geôles du comte. Celui-là, comme de bien évidemment, pour avoir osé regarder un autre que le comte (bon, peut-être avait-il fait plus que regarder). Le ton est grinçant, délicieusement moderne et décalé. L’homme hésite, revient en arrière, digresse, se répète pour enfin nous livrer toute l’histoire. Quelle trouvaille que ce narrateur extérieur qui sait tout sans que nous sachions bien comment il pourrait savoir puisqu’il n’en a rien vu dès que Glaviot eut quitté les cachots. Ses commentaires désabusés me régalent. Chaque mot tombe particulièrement juste, tout est admirablement travaillé pour un comte où, finalement, l’amour n’est pas là où on pourrait l’attendre.

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Bouffon », n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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