Maestro !

Maestro

Par Xavier-Laurent Petit

Ils sont cireurs de chaussures, vendeurs de journaux, laveurs de voitures, nettoyeurs de tombes, chiffonniers…
Des enfants laissés pour compte dans un pays où les plus pauvres ne peuvent que survivre.
Survivre, Saturnino tente de le faire. Dans la rue, il lutte depuis la disparition de ses parents pour gagner quelques pièces, pour protéger sa petite sœur Luzia, pour se souvenir des mots et des chansons que fredonnait leur mère.
Un jour, Saturnino rencontre un vieil homme qui se dit chef d’orchestre. Il invite les gamins des rues à venir chez lui.
La musique a-t-elle le pouvoir d’effacer la peur et la solitude ?

Avant Maestro ! je n’avais rien lu de Xavier-Laurent Petit. Un manque à présent comblé.

Dans une grande ville, une capitale peut-être même, d’Amérique du Sud (ce pourrait être la Bolivie, la ville de Llallagua, plusieurs fois citée, s’y trouvant), les gamins des rues s’efforcent de survivre, parce que vivre est déjà trop. Cueillir quelques centavos en vendant des cartes postales ou en cirant des chaussures est leur seule occupation de la journée. Ils tentent également d’échapper aux macacos, terrible milice du président omniprésent Ayanas, et aux bandes d’enfants qui s’octroient certaines rues de la ville. Chasses gardées. Saturnino vit avec sa sœur, Luzia, et Patte Folle, qui ne se souvient même plus du nom qui lui a été donné, sous un abri de tôles aux abord de l’aéroport. Les avions passent en rugissant. Bien que fragile, ils se sentent en sécurité là et tentent de survivre depuis que leurs parents sont morts.

Un jour que Saturnino cirait, une femme, belle comme il n’en avait jamais vu, s’approche pour reluire ses mocassins de cuir rose. Il n’a pas de cirage rose, l’enfant brique, frotte, nettoie si bien les chaussures qu’elles en viennent à briller. L’homme qui accompagne la femme lui laisse vingt centavos. Une misère pour un travail d’une telle qualité. Saturnino et Luzia entreprennent alors de voler le portefeuille de l’homme. Manque de chance, malgré leur expérience, il est plus rapide et livre Saturnino aux macacos, ignorant de ce que cela signifie pour l’enfant. On lui passe les menottes. Il s’apprête à disparaître. Sans un mot. Oublié comme tous ces enfants des rues que l’on n’a jamais revu.

Un vieil homme s’interpose. Il prétend connaître le président Ayanas. Le macaco ne brille pas par son intelligence. La peur du président est plus forte. Après tout, ce minable, ce pilluelos comme on les appelle, ne vaut pas qu’ils risquent leurs places. Ils le laissent partir avec cet étonnant vieil homme sorti d’autre part, mais en tout cas pas du coin…
Luzia et Patte Folle rejoignent leur ami et frère. Ensemble ils suivent le vieil homme qui leur donne rendez-vous le lendemain. C’est étrange. Inquiétant. Faut-il courir le risque ? Les trois n’ont rien à perdre, ils rejoindront le lendemain le vieil homme à l’escuela de música. La musique va changer leur vie !

Ils jouaient un truc inimaginable, un énorme morceau de gaieté dans lequel chacun pouvait mordre comme dans un gâteau. Rien qu’à l’écouter, j’avais envie de galoper, de sauter, de danser, de crier… (Page 58 de l’édition Poche)

L’auteur parle à la première personne. Son personnage, Saturnino est subjectif. Comme un enfant, même des rues, il est naïf, veut rire et jouer, prendre des journées de vacances, et surtout vivre… Il écrit la vie des rues avec tendresse et émotion, avec violence aussi parfois, sans réellement de manichéisme. Le président lui-même, qui semble être le pire de tous, l’assassin, l’usurpateur, ne semble plus si terrible quand il traverse un chapitre. L’atmosphère des rues est oppressante, les enfants doivent être sur le qui-vive, se préparer à courir, lutter pour un bol de mote qui coûte de plus en plus cher. Mais la rue c’est aussi la liberté, là ou tout est possible, même si c’est risqué. L’école de musique devient peu à peu ce lieu de liberté, la peur en moins. Elle devient, au contact de Romero, le vieil homme, de Juan ou d’Anasofia, un endroit où ces enfants perdus redécouvrent la confiance, le partage, la joie, une pause dans laquelle seule la musique compte, eux qui étaient persuadés de ne rien savoir faire de leurs mains sinon cirer ou donner des coups. Ce qui, au départ, semblait ne pouvoir être qu’une utopie devient peu à peu réalité. Ceux qui s’affrontaient dans la rue se découvrent des talents au violoncelle, à la flûte ou au chant.

La première personne donne l’impression que Saturnino est le « chef de clan », celui qui prend les décisions, le grand. Pourtant Luzia, la petite sœur va aussi souvent faire preuve d’initiative, va pousser son frère à faire ce dont il ne se serait pas imaginé capable. Patte Folle lui-même sera décisif à certains moments. Mais les trois resteront ensemble, se protégeant l’un l’autre, se consolant l’un l’autre.

Le rythme soutenu du livre ne nous laisse aucun répit. Il chante un hymne à la vie, à l’espoir ou à la joie, chacun y trouvera ce qu’il souhaite y chercher. Avec une grande tendresse, sans tomber dans la guimauve, Xavier-Laurent Petit nous fait courir à ces côtés, à la suite du quotidien peu enviable de ces gamins. Entre rebondissements, serrements de coeur ou de gorge, je les suis avec émotion. Lorsque la dernière page se tourne, un silence… Finalement, même pour un seul d’entre eux, le plus fragile, le plus hué, qui s’en sort cela n’aura pas été vain.

Altro non amo
que dolce pace
altro non amo
che liberta*

Personne ne comprenait rien aux paroles, on ne savait même pas en quelle langue il chantait, peut-être que ça ne voulait rien dire et qu’il inventait tout ce charabia, mais c’était si beau qu’on s’en foutait. (Page 208 de l’édition Poche)

Merci Xavier-Laurent Petit de cette leçon de vie, d’espoir et d’amitié !

* Je n’aime rien / que la douce paix / je ne désire rien d’autre / que la liberté.

PS: messieurs dames de l’école des loisirs, si vos auteurs ont des mots merveilleux, je trouve vos couvertures d’un autre âge… Heureusement que je ne m’arrête pas à elle pour ouvrir vos livres. 😊

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Maestro ! », n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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