Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers

Aristote et Dante Couv

Par Benjamin Alire Sáenz

Ari, quinze ans, est un adolescent en colère, silencieux, dont le frère est en prison. Dante, lui, est un garçon expansif, drôle, sûr de lui. Ils n’ont a priori rien en commun. Pourtant, ils nouent une profonde amitié, une de ces relations qui changent la vie à jamais…
C’est donc l’un avec l’autre, et l’un pour l’autre, que les deux garçons vont partir en quête de leur identité et découvrir les secrets de l’univers.

L’avantage, lorsqu’on se plonge un peu dans la blogosphère littéraire, pseudo-littéraire, ou bédéphile, c’est que je trouve toujours de bonnes idées de lectures ! Cet Aristote et Dante à la couverture alambiquée et gaufrée en fait partie. C’est chez Quai des Proses, soit ici, que j’ai lu une critique de ce livre pour adolescent. Elle commençait sa chronique en évoquant le fait que le livre était partout sur les blogs… Effectivement, en fouillant un peu, les avis fourmillaient ça et là, tous plutôt positifs voire dithyrambiques. Étonnamment ma libraire préférée n’en avait pas d’exemplaire. Nous étions en août, le livre était sorti en juin, que se passait-il ?

Le livre s’ouvre sur la phrase suivante : « À tous les garçons qui ont dû apprendre à jouer avec des règles différentes. » Alice m’avait dit qu’elle ne voulait pas lire « Moi Simon, 16 ans homo sapiens » (ici) parce que dans ce thème là, il y avait Aristote et Dante et qu’elle serait forcément déçue (oui, j’en rajoute)… Voilà qu’il fait son apparition il y a quelques semaines, bien en vue, sur une petite table, au milieu d’autres pages géniales. La couverture est un peu girly diraient les filles du marketing dans ma boîte (rassurez-vous, je n’ai rien contre elles), un peu sombre, énigmatique avec ses points d’interrogation, avec son pick-up vieillot qui veille alors que le soleil disparaît à l’horizon. Dans sa construction et sa typographie originale elle fait plus penser au Moyen Orient qu’au Texas, on n’y retrouve donc pas vraiment l’univers des pages intérieures, si ce n’est cette camionnette rouge…

Qu’importe. Je prends. Je plonge.

Je plonge un peu comme Ari (il préfère qu’on l’appelle ainsi plutôt qu’Aristote…) dans la piscine où il ne sait que flotter. Dante lui propose de lui apprendre à nager. Dante a un prénom bizarre. Dante n’a pas d’ami. Dante a une voix étrange. Dante est intelligent. Dante devient son meilleur ami. Son seul ami d’ailleurs parce qu’il ne se souvient pas en avoir eu avant. Il y avait bien ces deux filles mais qu’elles étaient ennuyantes, collantes.

Je plonge un peu comme Ari qui, à quinze ans, se retrouve au bord du précipice de sa vie. Il pourra choisir un petit chemin tranquille pour descendre, seul avec Legs, sa chienne, perdu dans les sentiments qui se bousculent dans sa tête et ne passent jamais ses lèvres parce que son père ne dit rien, parce que des choses doivent rester secrètes, parce qu’il a honte, parce que ça ne se dit pas, parce qu’il ne sait pas, même s’il déteste vivre dans sa tête. Il pourra aussi choisir de sauter.

Nous ne prenons pas toujours les bonnes décisions. Nous faisons simplement de notre mieux.

Les secrets de l’univers sont dans ces pages les secrets de son corps, des secrets de famille et tout ce que l’on ne comprend pas de soi-même quand on grandit, qu’on devient quelqu’un d’autre, comme une mue qui nous transforme.

Ari vit dans une famille qui ne parle pas. Ses sœurs et frère sont beaucoup plus âgés que lui, l’un est en prison. Dans la famille c’est tabou. Le père a fait la guerre du Vietnam. En est-il jamais revenu indemne ? Ari ne le sait pas, il sent bien que quelque chose cloche. Il souffre de l’absence de communication qu’il reproduit lui-même. Ses parents sont le parfait cliché du père et de la mère aimants, attentionnés, qui veillent à ce que leur enfant pousse droit, qui prennent des décisions pour lui. Ma vie est toujours l’idée de quelqu’un d’autre, répète souvent l’ado qui l’espace d’une année se retrouve dans un entre-deux inconfortable (Nous avions tous deux perdu quelque chose et nous le savions), découvrant l’alcool, les joints, entendant tout autour de lui parler de sexe sans y avoir jamais goûté. Ari n’a pas vraiment confiance en lui. Il est persuadé qu’il ne peut de toute façon que décevoir. Dante est tout son contraire. Dante exprime ses sentiments, quitte à ce que cela dérange, Dante est apprécié de tous, même s’il est seul et n’a pas vraiment d’ami (Tous les garçons se sentaient-ils parfois seuls ?) Sa famille est aimante, il est fils unique. Encore un archétype de la famille idéale, je trouve, celle qui n’existe que dans les séries.

L’auteur nous livre les états d’âme d’Ari, elle laisse de coté tout ce qui pourrait être descriptions des ambiances. Il y a le désert, un parc, un pick-up (dont on sait qu’il est rouge), on sait que les deux adolescents sont beaux. Mais rien de plus. Vous devrez vous construire vos propres images. Après tout, pas de raison que le lecteur ne travaille pas un peu aussi, non ? L’amitié tenace des deux jeunes les poussent à changer. Le livre se passe entre deux étés. L’année est vite éludée, certainement n’y a-t-il rien d’intéressant, puisque Ari et Dante sont à des milliers de kilomètres l’un de l’autre. Ils se cherchent tous les deux, un peu l’un l’autre mais surtout eux-mêmes. Le livre s’ouvre sur un série de questions :

Pourquoi sourit-on ? Pourquoi rit-on ? Pourquoi se sent-on seul ? Pourquoi est-on triste ? Pourquoi lit-on de la poésie ? Pourquoi pleure-t-on devant un tableau ? Pourquoi l’amour nous fait-il perdre la tête ? Pourquoi a-t-on honte ? Qu’est-ce que le désir ?

Ari aura-t-il les réponses à toutes ses questions à la fin des 361 pages ? Je ne sais pas. Je m’en fous en fait, parce que là n’est pas le but. On n’a jamais complètement les réponses à toutes nos questions, même si on continue de se les poser, quitte à se faire mal. Même si on continue de nier l’évidence, de nier le bonheur qui est juste là, devant nous… Il y a beaucoup de douceur dans les mots et je tiens à saluer l’exceptionnel travail de la traductrice, Hélène Zylberait. Le style est fluide, génial et agréable, l’ensemble se lit très vite et avec un plaisir évident.

On parle souvent de « feel-good movies », alors j’ose évoquer là la « feel-good literature ». Tout n’est pas rose ou fleur bleue, évidemment, mais on pourrait presque croire qu’avec le soutien d’une famille aimante, avec un meilleur ami, l’adolescence est une phase facile à passer. Une bouffée de positivisme qui fait le plus grand bien.

Ah… Et j’ai noté dans un coin cette phrase qui me plait beaucoup :

« Tu crois que c’est mal de…douter?
-Non, je crois que c’est une marque d’intelligence. »

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers », n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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9 réflexions sur “Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers

  1. Quelle jolie chronique ! Je suis contente que tu l’aies aimé, vraiment ! (la pression peut retomber…)
    Mais oui, tu exagères… pas « Forcément déçue », mais il y avait (a) des risques que je le sois (non mais… :D)

    • Aucun reproche dans mes mots je te rassure… Du coup je viens de lire aussi ta chronique. Je suis impressionné de ta capacité à avoir quarante commentaires 😊. J’en suis fort loin.
      En tout cas, effectivement, je rejoins tous ceux qui te l’ont déjà dit, ton post est très joliment ecritécrit ! Bravo…

      • Je le sais bien, je l’ai pris avec humour, vraiment. D’où le smiley.
        Il n’y a aucune raison d’être impressionné, je suis certaine que tu gagnes en lecteurs chaque jour. Tes chroniques valent le coup (et je le pense, sinon je n’aurais pas mis ton blog dans mes favoris!)
        Merci en tout cas. :$

      • Mais de rien. Il est bon de dire ce que l’on pense…
        Bon en même temps je suis heureux d’avoir de la qualité, même si je n’ai qu’une lectrice avisée.

      • Tu fais preuve de .. comment on dit? enfin tu te sous estimes quoi, je suis certaine que tu es lu par d’autre que moi. En plus, j’en ai la preuve, je vois assez souvent sur mon fil qu’on a cliqué sur ton blog. Nah !

      • Effectivement… Je vois souvent des gens venir de ton blog… Merci d’ailleurs. En attendant, j’aime bien l’utiliser quand je tente de conseiller des livres à des amis, je ne me rappelle pas toujours de tout…

      • Tu n’as pas à me remercier.
        Oui, c’est ultra pratique. Je fais comme toi, aussi, ou quand je veux me rappeler d’une lecture et que je n’ai plus tous les détails (genre un tome 1) toussa..

      • Ah… Et en fait je considérais cela comme un compliment le fait qu’il n’y ait « qu’une lectrice avisée »

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