L’affaire des affaires

L'affaire des affaires - CouvPar Denis Robert et Laurent Astier

Attention ! Ceci n’est pas une bande dessinée, ni une autobiographie, ni une enquête. C’est un peu tout ça.

C’est surtout l’histoire d’une contagion.

Un soupçon, quelques noms ajoutés à un listing beaucoup de passion, ont contaminé médias, justice et l’ensemble de la classe politique. Au coeur de la manipulation Clearstream, un journaliste, un juge, un informaticien, un général, un vendeur d’armes, un futur président de la République, son rival, les services secrets…

La société était prête à recevoir le virus et à le laisser se propager.

Elle en a même joui. La société. Et nous avec.

Il y a de quoi être impressionné par le format de cette intégrale ! 700 pages en noir et blanc sur une affaire dont nous avons tous entendu parlé par les médias sans réellement bien comprendre de quoi il s’agissait. Et après tout, peut-être étions-nous persuadés que les politiques et consorts n’avaient que ce qu’ils méritaient et que ce n’était là que magouilles à coup de millions. Moi, en tout cas, je n’avais pas du tout suivi. Le nom de Clearstream m’évoque Villepin et Sarkozy. Point.

L'affaire des affaires - Planche3

Le scénariste de cette bédé n’est autre que le journaliste qui a dédié près de 15 ans de sa vie à tenter de comprendre ce que cachait cette banque des banques Luxembourgeoise. Il met le doigt dans l’engrenage et petit à petit s’y trouve entraîné. A force de livres, de nouvelles sources s’ouvrent à lui. La première partie de l’ouvrage s’intéresse à Denis Robert avant Clearstream, ses années à Libération, sa volonté farouche de dénicher les manipulation tordues qui lient intimement monde politique et financier. Commission, Retro-Commission, Chambre de Compensation, Clearing… Vous n’y comprenez pas grand chose ? Rassurez-vous, moi non plus !

La seconde partie du livre détaille l’enquête de Denis Robert. Avec force pédagogie, il nous fait entrer dans un monde bancaire où tout est dématérialisé, où les conséquences des décisions n’effleurent pas ceux qui les prennent, où les millions ne s’échangent plus de main à main dans de grosses valises noires. L’enquête le happe, au détriment de sa santé, de sa famille qu’il ne voit plus. Il reçoit injonction du tribunal sur injonction, ses collègues journalistes le montre du doigt…

L'affaire des affaires - Planche2

Mais politiques et puissants de ce monde (ce ne sont pas toujours les mêmes) n’apprécient pas vraiment que ce fouineur s’agite sur leurs plate-bandes. Plusieurs juges se penchent sur l’affaire Clearstream, puis certains utilisent cette affaire pour leur propres intérêts. Dans cette troisième partie apparaissent alors Imad Lahoud, Jean-Louis Gergorin, le général Rondot ou Florian Bourges… que des noms dont j’avais entendu parler, il y avait aussi une histoire de corbeaux, de juge Van Ruymbeke, mais qui était toujours resté flous pour moi. Entre DGSE, tribunaux, manipulations et jeux de pouvoirs les très nombreux personnages de l’album tente de se sortir d’une affaire qui semble les dépasser complètement. Denis Robert est là, bousculé, devenu le pion d’une histoire qu’il tente de comprendre en s’appuyant sur ceux qui le manipulent et ne lui disent pas tout.

Denis Robert est mis en examen, aux cotés de tous ceux sur qui il enquêtait. Il est sûrement celui qui connaissait le mieux l’ensemble de l’affaire, sans pour autant y avoir jamais participé. Il était juste un observateur attentif, un curieux un peu teigneux. Le pouvoir est touché, le nom de Sarkozy est apparu dans des listings, Dominique de Villepin, premier ministre d’alors, est sur le banc des accusés. L’affaire des affaires ébranle la république.

L'affaire des affaires - Planche1

Si cela était encore nécessaire, ce livre prouve que la bande dessinée est un média exceptionnel qui permet de traiter de sujets techniques, complexes. Nous sommes très loin de la bédé détente. Le scénario est cinématographique, l’enquête est racontée comme un thriller, axé sur la vie de Denis Robert, n’occultant pas sa vie familiale, sa fatigue, ses défauts. Je dévore les 700 pages, je ne peux m’en détacher. Chaque chapitre est très court, rythmant l’intrigue. Denis Robert joue de la chronologie en s’invitant parfois dans l’après affaire.

Le dessin en noir et blanc de Laurent Astier fait mouche, il s’invite souvent sur plusieurs cases, comme un puzzle que l’on reconstitue. Les angles adoptés sont, encore une fois, très cinématographiques. Les pages aux fonds noirs suivent des pages aux fonds blancs. Les personnages sont très reconnaissables, les pages des chapitres sont magnifiques.

Je vous laisse découvrir ce thriller. Je le dis très cinématographique, ce n’est pas pour rien qu’une adaptation en a été faite avec Gilles Lelouche. La couverture de cette intégrale est d’ailleurs inspirée de l’affiche du film sorti en 2013…

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « L’affaire des affaires», n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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7 réflexions sur “L’affaire des affaires

  1. Wow ca donne envie! Effectivement, cette affaire reste tres obscure pour moi aussi. C’est bien de comprendre ce qui se passe dans le monde… Merci pour la decouverte.

    • L’utilisation de la bédé est plutôt rare pour ce genre d’exercice mais celui ci es bien réussi. Il doit se trouver en bibliothèque je pense.

      • Merci en tout cas pour cette decouverte. effectivement, c’est assez surprenant de traiter d’un tel theme par le biais de la BD… Mais peut-etre que cela rend la chose un peu plus digeste?

      • Oui, je pense que j’aurais eu du mal à lire cette affaire des affaires en roman… Le dessin aide beaucoup. Il n’empêche que Denis Robert est très bon scénariste !

  2. Pingback: Cher pays de notre enfance | Le Quatrième de Couverture

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