La fête de l’insignifiance

La fete de l'insignifiance

Par Milan Kundera

Jeter une lumière sur les problèmes les plus sérieux et en même temps ne pas prononcer une seule phrase sérieuse, être fasciné par la réalité du monde contemporain et en même temps éviter tout réalisme, voilà La fête de l’insignifiance. Drôle de rire inspiré par notre époque qui est comique parce qu’elle a perdu tout sens de l’humour.

L’insoutenable légèreté de l’être, la vie est ailleurs, l’immortalité… Milan Kundera fait partie de ces auteurs que je lis avec avidité et plaisir. Il est maître dans l’art de magnifier les petits moments insignifiants de nos existences et de nous entraîner dans des digressions philosophiques de dizaines de pages passionnantes au style bien à lui.

Ce roman est très court en comparaison aux précédents que j’ai pu lire de l’écrivain tchécoslovaque naturalisé français bien avant que je ne vienne au monde (mais ça, on s’en fout…) Nous y suivons Ramon, Caliban, Alain et Charles. Quatre amis, quatre héros. Ils évoluent dans un Paris rêvé, fantasmant sur le nombril, s’inventant des langues pour mieux passer inaperçus, écrivant des pièces de théâtre dont les fins n’existent pas… Ils prennent un malin plaisir à se préoccuper de ce qui semble futile dans nos vies et à se moquer de ceux qui se donnent des airs pour paraître plus importants qu’ils ne sont en réalité.

Ils sont tous les quatre comme les personnages secondaires d’une société qui applaudit D’Ardelo et La Franck, ils leurs donnent du relief par leur insignifiance. Ils apparaissent tous les quatre comme les objet qu’un marionnettiste (que l’on appellera maître), fait évoluer là où ils n’ont rien à y faire. Ils sont tous les trois acteurs passifs et critiques de l’agitation inutile des autres. Prenant le parti d’en rire. L’alcool coule à flot. Nous voilà comme dans le flou d’une rêverie qui s’étire, laissant derrière elle tout sens comment. Et tout ça pour quoi ?

Ramon dit à Caliban :

Nous avons compris depuis longtemps qu’il n’était pas possible de renverser ce monde, ni de le remodeler, ni d’arrêter sa malheureuse course en avant. Il n’y avait qu’une seule résistance possible : ne pas le prendre au sérieux.

Mais à force de ne rien prendre au sérieux, l’intrigue se perd un peu. Le style du maître est là bien entendu, bien présente. Le format (court) du livre n’autorise pas les longues digressions si délicieuses dont je ne savais pas où elles allaient me mener. Tout va droit au but, trop vite peut-être, mais dans un style toujours agréable avec quelques pépites aphoristiques.

Vous croiserez un Staline j’m’en foutiste qui aime à se moquer de sa cour qui boit ses paroles devant lui et les vomit dès qu’il tourne le dos, Khrouchtchev qui voudra faire entendre sa voix de la raison, et un certain Kalinine qui donna le nom de Kaliningrad.

Il fait apparaître ses personnages principaux comme des spectateurs qui regardent les jeunes premiers faire la roue face à leur cour. Critique d’un aujourd’hui qui ne sait plus que se prendre au sérieux. Mais critique sûrement pas assez profonde. Kundera aurait-il choisi la facilité ? N’ai-je pas compris le sens profond de ce court opus ? Je ne sais pas bien. Je m’interroge…

Comme d’un rêve dont je me réveille un peu groggy je ressors de ce livre avec plein d’images dans la tête. Comme un rêve, je vais tenter de les remettre en ordre. Comme un rêve, je risque de l’oublier. Je vais vite retourner aux Kundera que j’avais adorés…

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « La fête de l’insignifiance », n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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4 réflexions sur “La fête de l’insignifiance

  1. Oh, c’est dommage ! Je dois t’avouer que celui-ci je ne l’ai pas lu, mais ta chronique me rend curieuse, alors je l’essaierai. Il y a des choses qui peuvent me plaire, je pense.

    • Il a cet avantage d’être court. Mais rien à voir je trouve avec les autres kundera que j’ai pu lire.
      N’hésite pas à me donner ton avis quand tu l’auras terminé.

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