Bashô, le fou de poésie

Bsho - Couv

Par Françoise Kerisel & Frédéric Clément

Bashô sera-t-il samouraï? Lui qui aime tant la paix, les pinceaux, la neige… Il choisit les chemins vagabonds et devient au japon l’illustre auteur de ces courts poèmes de trois vers, les haïkus.

La cloche se tait
Parfum des fleurs en écho
Soir d’automne

Bashô ouvre des ateliers de poésie. Et chacun, homme ou femme, jeune ou vieux, dans le japon des villes et des campagnes de ce XVIIe siècle, rit, s’instruit, s’initie aux haïkus…

Frédéric Clément a préparé ses propres couleurs et choisi ses papiers japonais pour peindre l’histoire véridique de Bashô, contée par Françoise Kerisel.

Haïku :
le plus petit poème du monde,
pas plus long qu’une respiration,
pour saisir une émotion.
Superposez trois vers en 17 syllabes au total.
Faites-les trotter sur 5, 7, 5 pieds.

Bashô ne s’appelle pas encore ainsi alors que commence ce conte. Il est Matsuo, fils de samouraï qui, au crépuscule de l’enfance s’interroge. Sera-t-il samouraï lui qui n’aime

ni les batailles
ni les sabres
ni l’uniforme
ni le sang versé
ni la fanfare
ni les honneurs

Non, vraiment, Matsuo n’aime pas ça. Matsuo aime la poésie, sa raison de vivre.

Basho

Un soir d’orage, à la suite de son maître et ami, Yashitida, il décide de devenir poète. Qu’en ont dit ses parents ? L’histoire ne le dit pas. Poète aux fins pinceaux il va parcourir le pays du Soleil Levant pour amener partout la douceur et la joie des haïkus, ces petits poèmes à trois vers dans toutes les maisons, riches ou pauvres, jeunes ou âgées. Qu’importe.

En quatre saisons il va remonter jusqu’au nord, froid, construire des écoles, enseigner la poésie qui se pose sur les pages comme un papillon aux ailes fragiles. A moins que ce ne soit une libellule, je ne sais plus.

Une libellule rouge
Tirez sur ses ailes
C’est un piment

Ou encore… (parce qu’on ne badine pas avec la nature chez les poètes japonais)

Un piment
Offrez lui des ailes
Une libellule rouge

Au printemps, Bashô s’invente en ermite dans la cité d’Edo, il y fonde une école où l’on se lit, où l’on s’écoute, où tous apprennent. Kikaku, en poussant les portes de l’école de Bashô au printemps pense qu’il n’a rien à faire là, qu’il va être chassé. Tout est trop sérieux. Il suivra pourtant son maître de longues années. « Laissons faire des haïkus aux enfants de trois pieds de haut ! », s’écrie Bashô.

Basho P21

Bashô, le fou de poésie – Page 21

A l’été, la ville brûle. Bashô s’en va, en voleur, sans prévenir personne. Il s’était promis, avec Yashitida de faire connaître à tout le Japon la douceur et la joie des haïkus. Il a encore un long chemin à parcourir. Il ira rencontrer d’autres poètes, suspendus dans le temps, inventant de nouveaux collages de mots.

Il repart à l’automne, Kikaku le suit toujours.

Dehors, compagne du grand vent,
une solitaire lune
roule dans le ciel

Bashô, le fou de poésie - Page 37

Bashô, le fou de poésie – Page 37

L’hiver arrive. Sur un champ de bataille encore fumant du sang des soldats, couvert de neige, Bashô avance, jusqu’à être brisé de fatigue.

Herbes folles du temps
où frémit encore
le rêve des guerriers

Le livre est magnifique, dans son format, sa finition, sa mise en page. Le grain du papier est très agréable et met particulièrement en valeur les aquarelles et les collages de Frédéric Clément. Il vaut d’ailleurs plus le détour pour ces illustrations superbes que pour le texte en lui-même. Le récit est parfois confus, heureusement parsemé comme des ponctuations des haïkus de Bashô. Les éditeurs l’ont rangé dans la catégorie des livres jeunesse… Je ne suis pas sûr de souscrire à cette classification (mais il en faut bien une n’est-ce pas ?), je le verrais plutôt comme un très beau livre de poésie au graphisme fantastique qui nous entraîne loin de nos maisons occidentales.

Une perle à découvrir pour sa beauté et sa poésie, à retrouver sous le sapin !

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Bashô, le fou de poésie », n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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13 réflexions sur “Bashô, le fou de poésie

  1. J’aime bien les Haikus, leur rythme, leur thème. J’ai toujours voulu savoir si leur représentation en idéogramme était évocatrice. C’est à dire si la simple vision du Haiku génére l’image qu’il évoque. Le savez-vous ? Dans les livres de Haikus, ils ne sont en général pas représentés en idéogramme. Est-ce aussi le cas pour celui-ci ?
    Sinon votre chronique est jolie et bien tentante. Merci.

  2. Pingback: La poésie, les amis ; Habashli Kunzeï – Quai des proses

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