Moi, Benjamin V., 33 ans l’âge du Christ et toujours pas de miracle en vue

Moi Benjamin V.

Par Laurent Moreau

Benjamin est un grand adolescent d’un peu plus de 30 ans qui semble n’avoir qu’un but dans l’existence : défendre son titre âprement gagné de « roi de la lose ». À son âge, il ne sait toujours pas quoi faire de sa peau de vieil enfant ou de jeune grande personne, c’est selon. Il se nourrit toujours de junk food, passe son temps devant les séries télé et collectionne méticuleusement faux plans et galères. Il fait le désespoir de ses parents, d’autant que même son jeune frère est déjà casé, avec la déjà chiante Marie-Clémentine, et déjà bientôt père.

L’heure de l’ultime remise en question a donc sonné. Bardé de sa bonne humeur et de son inoxydable foi en la vie, Benjamin le Bordelais part ouvrir un bar à vins… en Laponie. Ah ! la Laponie ! Le pays des rennes, du froid, du Père Noël et de Lotta, jeune femme volage et incertaine de ses choix, mais belle comme le diable. Autant d’embrouilles au centimètre carré, c’est un appel à la gourmandise !

Quand vous trouvez sur une des étagères de votre librairie, plutôt bien en évidence, un livre avec le titre « Moi, Benjamin V., 33 ans l’âge du Christ et toujours pas de miracle en vue », vous ne pouvez vous empêcher de penser à votre petite personne. Quand la libraire de ladite librairie vous dit qu’elle n’a pas pu s’empêcher de penser à vous en le commandant, vous vous inquiétez de l’ouvrage qui trône juste en dessous « Avez-vous un problème avec l’alcool ? ». Sourire… Ma libraire me connait, elle m’a trouvé une biographie de moi.

Il y a pas mal de moi dans Benjamin Vuibert, un trentenaire célibataire et citadin, cynique à souhait qui s’emmerde quand il reste dans son appartement bordelais et se met mal certains weekends à partir du mardi (ce n’est pas de moi, c’est lui-même qui le dit) entouré de ses potes de beuverie qui l’aident à retrouver le chemin de son chez lui. Les lendemains déchantent mais qu’importe, on n’a qu’une vie, yolo (oui oui, carrément !)… Il y a pas mal de moi dans ce Benjamin, solitaire n’aimant pas la solitude, qui se retrouve dans des soirées avec des jeunes tous bien plus jeunes que lui alors que tous les autres trentenaires sont partis libérer la baby-sitter.

On ne se rend compte de la solitude que quand on est assis au fond du bus à côté de deux cons qui transpirent le bonheur.

Il y a pas mal de moi dans ce Benjamin un peu égoïste, voulant vivre une vie trépidante mais restant assis sur son canapé ou (et c’est peut-être un peu prétentieux) dans le bon ami qui est toujours là…

Après de longues minutes et une écoute attentive, j’arrive à faire sécher ses larmes. J’ai un talent inné pour soigner le malheur des autres, c’est un peu ma thérapie secrète pour ne pas voir que, du haut de mes 33 ans, je n’ai pas grand monde pour venir me réparer.

L’avantage quand on est célibataire, gagnant bien sa vie et qu’on n’a pas de petits criards qui nous courent dans les pattes en vomissant du lait au goût absolument insupportable c’est que les économies ne partent pas dans les paquets de couches ou les boites de lait premier âge. Y’a de quoi en profiter : vacances ! Reste à trouver le bon pote qui voudra bien vous accompagner quand tous les autres que vous connaissiez du lycée sont déjà dans un pavillon de banlieue avec le chien, une femme et deux gosses dans l’escalier (sans ordre d’importance, je vous rassure). Je connais ça. Un besoin d’ailleurs, un soir de cuite, emmène Benjamin du coté du Grand Nord là où le Père Noël a établi ses quartiers et fait payer la photo souvenir 17 boules. Capitalisme quand tu nous tiens… Le jeune homme plus si jeune selon l’avis de certains y restera un peu plus longtemps qu’il le pensait. Amoureux d’une ville (et il vous suffira de changer la première lettre du mot pour connaître la seconde raison qui le fera revenir).

Il a sans doute raison, « kiffer » une ville, ça ne suffit pas pour un nouveau départ, j’ai la facilité d’un taf bien payé, d’un bel appart, mes potes, la famille, et puis, partir ça veut dire grandir, j’ai déjà fait l’expérience il y a dix ans…

Comme le dit Anaïs, « Ça dégouline d’amour, c’est beau mais c’est insupportable ». Mais je m’en fous ! C’est frais, généreusement décalé et cynique, vomissant des figures de style à la pelle au point que vous en souriez, détournant les expressions les plus populaires pour en faire de nouvelles qui sonnent parfois plus juste aujourd’hui. Moi, Benjamin V., 33 ans l’âge du Christ et toujours pas de miracle en vue s’inspire des séries que l’on ingurgite en bouffant des curlys un soir de déprime. Des séries en 22 saisons de 43 épisodes de 40 minutes chacun. C’est le journal intime d’un ado qui n’a pas encore tout a fait terminé sa crise, d’un ado qui revient dans les jupes de maman, tout honteux, s’attendant à une remontrance alors que la mère en question ne veut que son bonheur, un trentenaire, somme toute, assez banal (je ne vous cache pas en avoir été tout à fait rassuré !)

Car peu importe où nous sommes, le quotidien ressemble à celui de la plupart des trentenaires des pays occidentaux. Travail, rigolades, alcool, drague, amis, tristesse et pizza.

Oui, je suis Benjamin V. ! Et je m’approche des 33 ans, vais-je trouver ma Lotta ? (merci de laisser un petit mot en commentaire, toute candidature sera étudiée avec le plus vif intérêt).

Le style de l’auteur, très pop, pas loin de Bridget Jones qui se foutait du Christmas Jumper de Colin Firth, évolue alors que son anti-héro grandit (un peu). Les zeugmas et palindromes restent légions, l’écriture restent toujours très dynamique et l’ensemble se dévore le sourire aux lèvres, un excellent moment de détente !

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Moi, Benjamin V., 33 ans l’âge du Christ et toujours pas de miracle en vue », n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

Si cette chronique vous a plu, n’hésitez pas à « suivre » ce blog en indiquant simplement votre adresse e-mail ci-dessous (aucune création de compte nécessaire).

Publicités

7 réflexions sur “Moi, Benjamin V., 33 ans l’âge du Christ et toujours pas de miracle en vue

  1. Quelle chouette chronique ! (Je le dis trop souvent?)
    Ce livre est en photo dans mon téléphone (oui c’est un rappel pour l’acheter), et tu me confirmes encore une fois qu’il faut que je me bouge les fesses pour le faire ! Il a tout pour me plaire ce livre… je suis apte à me mettre dans le peau de ce Benjamin, moi aussi ! (je me reconnais dans cette chronique, en toi, donc! en vous? Enfin bref, tu as compris! )

    • Je ne l’avais jamais vu avant ce livre mais il faut donc croire qu’il était dans d’autres librairies. Étonnamment même si c’est l’histoire d’un garçon j’ai trouvé beaucoup de critiques de femmes. En tout cas n’hésite pas il est très sympa.
      Et non, tu ne le dis pas trop souvent, ça fait toujours très plaisir…

  2. Pingback: Le cœur a ses raisons que seules les pommes comprennent… | Le Quatrième de Couverture

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s