Tabou

Tabou Couv

Par Franck Andriat

Loïc est mort. Loïc s’est suicidé parce qu’il n’acceptait pas son homosexualité. Dans sa classe, c’est la consternation. Personne ne se doutait de rien. Sauf Philippe à qui Loïc a parlé quelques jours avant de se pendre, à qui Loïc a fait promettre de ne pas dévoiler son secret.

Tabou. Il y a des sujets qu’on hésite à aborder. Parce que c’est plus facile. Plus lâche aussi, mais ça, on préfère l’oublier. Tabou. Quand on est différent, c’est difficile, mais c’est aussi tellement riche. Loïc s’est tu et il est mort. Aurait-il pu tendre la main vers les autres, aurait-il pu apprendre à s’aimer? Ses amis, stupéfiés par ce geste, s’interrogent.

Voici un nouveau roman à destination des adolescents sur l’homosexualité et l’acceptation de celle-ci. Les médias n’hésitent plus à parler de l’homosexualité, on n’en a jamais autant parlé que pendant les débats (vous avez dit débat ?) sur le mariage pour tous. Il n’y a plus de maladie qui tienne. Pourtant, dans nos chaumières, l’homosexualité reste tabou, comme le dit le titre du livre. On n’ose pas en parler à ses parents, à ses amis, faire son coming-out n’est sûrement pas une partie de plaisir, entre une bouchée de dinde et un marron à Noël… Vous êtes sûr d’attirer l’attention et de pourrir légèrement l’ambiance… Il me semble l’avoir déjà dit mais pourquoi les hétéros n’ont-ils pas besoin de faire de coming-out ?

Le tabou est tout à coup brisé dans cette classe de lycée. Loïc s’est suicidé. La cause est écrite dans une lettre honteuse que ses parents ne veulent pas dévoiler. Homosexualité. Six jours avant Loïc s’en était ouvert à Philippe. Philippe qui s’en trouve perdu, bouleversé. L’explosion dans la classe est sans précédent. Les blagues homophobes fusaient mais quand la raison de la mort est connue, sans changer d’avis, les adolescents se sentent un peu honteux. Reginald, Philippe et Elsa sont particulièrement bouleversé. Chaque chapitre prendra le point de vue de ces trois jeunes. Il manquera toujours un chapitre, celui de Loïc.

Le roman nous interroge. On peut s’annoncer fièrement gay-friendly, comment réagirons-nous si un ami proche, un membre de notre famille venait à vous dire son homosexualité ? Évacuerions-nous également ce que nous savons de cet ami pour ne retenir que sa sexualité ? Cesserait-il alors d’être un ami pour ne devenir plus qu’un homosexuel ? Une sorte de bête de foire ? Comment réagiriez-vous ?

Elsa se « demande pourquoi on oublie tous les autres aspects d’une personne lorsqu’on apprend qu’elle est homosexuelle ». La sexualité jugée déviante, anormale prend toute la place, effaçant toutes les qualités, tous les beaux moments passés, toute trace d’amitié. Franck Andriat suit à la lettre ce questionnement d’Elsa. On ne saura rien de Loïc, de Philippe ou de l’oncle André, leur personnalité est effacée par leur sexualité. Le chapitre sur Philippe est d’ailleurs le seul à ne pas être rédigé à la première personne. De fait, le texte est construit comme une dissertation (l’auteur n’est pas professeur de français pour rien), thèse, antithèse puis synthèse. La narration n’est que prétexte à un texte sur l’homosexualité et l’homophobie, le ton étant parfois grandiloquent, écrasant les sentiments qui pourraient nous submerger à certaines pages.

Le texte est peut-être un peu trop simpliste. J’ai pu parfois avoir l’impression de lire une brochure ou des conseils d’un site internet… Peut-être est-ce parce que je n’ai pas réussi à m’identifier ? Je me souviens que ma première lecture de ce livre m’avait beaucoup plus. Celle-ci perd le goût du nouveau, j’ai lu d’autre livres jeunesse sur ce thème, il y a peut-être un trop plein ? Il est intéressant de noter que ce livre est sorti 2003 aux éditions Labor (avant de ressortir en 2008 chez Mijade). En 2003, la Belgique (Frank Andriat est belge) devenait le second pays au monde à reconnaître le mariage homosexuel…

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Tabou », n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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