La renverse

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Par Olivier Adam

« Ce n’est qu’au moment d’entrer dans le bar-tabac que la nouvelle m’a vraiment heurtée, qu’elle a commencé à filer le tissus du drap que je tenais depuis des années sur cette partie de ma vie. J’ai demandé deux paquets de cigarettes, salué les habitués du plat du jour. Au dessus des tables un téléviseur s’allumait sur une chaîne d’information en continu. À l’instant où j’y ai posé les yeux, le visage de Jean-Francois Laborde s’est figé sur l’écran. J’ai demandé qu’on augmente le volume. On annonçait son décès dans un accident de voiture. Suivait un rappel succinct de sa biographie. Fugacement, la pensée, absurde étant donné le temps accordé à l’information, qu’il n’avait pas été fait mention de ma mère m’a traversé l’esprit. »
Dans la renverse, Olivier Adam retrace l’itinéraire d’Antoine, dont la vie s’est jusqu’à présent écrite à l’ombre du scandale public qui a éclaboussé sa famille quand il était encore adolescent. Et ce faisant, il nous livre un grand roman sur l’impunité et l’humiliation, explorées au sein de la famille comme dans l’univers politique.

Qu’est-ce que qui fait que nous sommes là où nous vivons? Qu’est-ce qui a conditionné les choix menant à ce que nous sommes aujourd’hui? Vivons nous vraiment où contentons nous de glisser à la surface d’une existence qui nous échappe, que nous fuyons?

Antoine a la trentaine. Tout commence sur une plage où le narrateur erre, une cigarette aux lèvres, les yeux dans le vague. Sans but. Sans en chercher non plus. Un fait divers -la mort d’un homme politique lié à sa mère, et donc à sa famille, par un scandale enterré trop peu profondément- va le plonger à rebours de sa vie,quelque part dans une adolescence où il n’était pas vraiment. Il n’y a vu que ce qu’il voulait bien y voir, ne se souvient que de peu, ayant enfoui, sans l’oublier, des jours d’humiliation pour lui et son frère quand le scandale éclate et éclabousse sa si parfaite mère de famille. Antoine a coupé les ponts. Qu’est-ce qui le ramène là ? Peut-être la recherche de quelque chose qu’il aurait raté, l’impression que ce qu’il croit de sa mère et du scandale n’est pas ce qui a été.

Si sa vie a basculé alors qu’il passait le baccalauréat, il ne l’a jamais remise d’équerre. Il a fui en restant là où il avait toujours été, ailleurs. Les femmes qu’il a eues se lassent de sa passivité, de cette homme auquel elles ne parviennent pas à s’accrocher, si fuyant, absent, ailleurs.

« La renverse : période de durée variable séparant deux phases de marée (montante et descendante) durant laquelle le courant devient nul. »

Enfermé dans cette entre deux, Antoine, peut-être sans le vouloir, en courtes phrases précises, va mettre à plat sa vie. Olivier Adam (dont je n’avais encore jamais lu de livres pour adultes), dépeint dans un style empreint de mélancolie, presque dépressif, une société pourrie qui donne trop de place à ce qui n’est pas vraiment, à ce qui semble seulement. Il ne m’a pas donné envie d’aimer son narrateur, j’ai plutôt envie de lui donner un coup de pied au cul, peut-être parce que ce narrateur c’est aussi un peu moi. Une part de moi frileuse qui passe son temps à être absent de sa vie, sans vraiment la vivre, enfermé dans son pavillon de banlieue et son confort rassurant, jouant des faux-semblants pour donner le change. Une part de moi que je ne peux pas aimer. Mais une part de moi quand même. C’est dur de regarder un miroir, non ?

L’auteur dévoile au fil des pages ce que le narrateur re-découvre de lui-même et de sa famille, ce qu’il en apprend de ses relations aux autres. Comme le fil d’un drap sur lequel on tire et qui défait tout le tissus, démonte toute une vie qui ne demande qu’à commencer.

Ne vous attendez pas à un livre heureux. Ce n’en est pas un. Le style très particulier de l’auteur m’entraîne et me fait tourner les pages avec fébrilité. Même si, parfois, je l’abandonne pour en retrouver d’autres plus joyeux.

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « La Renverse », n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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3 réflexions sur “La renverse

  1. C’est toujours compliqué de se regarder vraiment dans le miroir… et d’autant plus quand on est confronté à un semblable dans la littérature !
    Je ne me suis jamais intéressée à Olivier Adam, il faudrait que je le fasse.

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