Reporter #1 – Bloody Sunday

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Par Renaud Garreta, Laurent Granier & Gontran Toussaint

3 janvier 1965. Yann Penn Koad, nouvelle recrue à la rédaction du magazine Reporter, est envoyé au Etats-Unis afin de couvrir la lutte des Noirs américains pour les droits civiques. Alors qu’il suit les traces de Martin Luther King, son enquête prend une tournure inattendue : une militante blanche est assassinée, le FBI et le Ku Klux Klan semblent impliqués. Le jeune journaliste se retrouve plongé au cœur d’événements qui vont marquer l’Histoire à jamais…

Le concept imaginé par les auteurs et Dargaud est simple : promener un jeune reporter au travers des grands moments qui ont fait l’Histoire, qui les vit ainsi en direct, y prend part parfois et surtout témoigne. La couverture n’est pas sans rappeler un magazine, justement, le noir et blanc renforce l’aspect historique et sérieux, je fus même surpris de le trouver au rayon des bandes dessinées, erreur d’aiguillage suite à l’inventaire de la semaine précédente ? Qui sait.

Mettre un reporter en cases est loin d’être une idée neuve et originale. Lefranc, Ric Hochet et bien sûr Tintin, il y en a eu de nombreux autres. Le reportage en bande dessinée s’est déjà beaucoup vu. La Revue Dessinée éclaire tous les mois l’actualité  ainsi, Davodeau s’y est souvent essayé (dans Un homme est mort (ici), Les Ignorants (par ) ou Cher Pays de notre Enfance (encore )) et bien sûr l’exceptionnel Emmanuel Lepage avait publié ses carnets de voyage, véritables reportages (dans Voyage aux Îles de la Désolation (par ici) ou La Lune est Blanche (par ) ou encore Un Printemps à Tchernobyl qui méritera une critique un jour ou l’autre). Je pourrais ainsi continuer longtemps et parler par exemple du Photographe, véritable chef d’oeuvre ou de tant d’autres qui m’ont entraîné avec joie dans le monde du reportage dessiné. Rien de neuf sous le soleil me direz-vous donc… Mais ce n’est pas parce que le concept existe déjà qu’il n’y a pas encore de belles pages à découvrir, heureusement.

L’exercice est toujours, je trouve, extrêmement périlleux. Il faut trouver le juste équilibre entre le rythme qu’impose la bande dessinée, et le nombre de mots qui doit être limité afin que le phylactère n’envahisse pas la page et laisse la place au dessin qui a, lui aussi, beaucoup à dire.

Dans cet opus, l’Histoire croise l’actualité puisque les auteurs s’offrent de citer Barack Obama en prélude de l’album, un discours du 8 mars 2015, en commémoration du Bloody Sunday. Cela fait déjà bientôt 8 ans que l’homme est à la tête de la première puissance mondiale. la phrase de Luther King résonne comme prophétique quand il disait, parlant des discriminations à propos des noirs et du temps que la lutte durerait encore « Combien de temps ? Pas longtemps… » Et les auteurs de s’interroger sur l’avenir de la lutte pour les droits civiques ; le chemin fut long, mais moins de 50 ans plus tard, un noir était président des Etats-Unis…

Yann Penn Koad, grâce à l’intervention inespérée de fruits de mer peu frais, se voit expédié à l’aube de l’année 1965 aux Etats-Unis où la lutte pour les droits civiques des noirs défile de Selma à Montgoméry. Beaucoup de premières pour celui qui finit tout juste son stage et vient de signer son contrat. Plongé dans l’univers violent et sombre où blancs et noirs s’entre-tuent sous le regard complice d’une police locale parfois partie prenante et bienveillant d’un FBI au rôle critiquable, le jeune homme retrouve un vieux photographe baroudeur et taciturne excédé de devoir faire les baby-sitter et s’enfonce vers l’Alabama.

reporter #1 - Bloody Sunday - Gontran Toussaint - Page 9

Reporter #1 – Bloody Sunday – Gontran Toussaint – Page 9

Petit à petit dans ce premier épisode les auteurs posent leurs personnages et brossent leurs personnalité. Yann Penn Koad est candide, il fonce tête baissée dans ce que tout reporter éviterait pour rester en vie. Malgré son âge et son inexpérience il montre une grande maturité dans les ficelles du métier et cela rend parfois tout un peu trop facile, peu réaliste. Il est souvent (toujours), sûrement un peu à cause de son inconscience, au bon endroit, au bon moment, comme beaucoup de reporters des bandes dessinées… Après tout, s’ils n’avaient pas été là, l’album n’aurait pas eu lieu d’être, donc ce n’est pas plus mal. On s’attache rapidement à ce jeune homme qui découvre un métier passionnant et dangereux.

Les scénaristes (Garetta & Granier) sont extrêmement documentés et présentent les dessous de l’affaire qui a mené à l’assassinat de cette femme blanche avec clarté et précision. Quelques péripéties ou bons mots de Penn Koad allègent à peine un style dense qui pose une excellente et claire leçon d’histoire que l’on lit avec plaisir et stupéfaction, osant à peine croire que cela ait réellement pu se passer ainsi. La reproduction des épreuves du magazine reporter, en fin d’album, font parfois redite avec les pages précédentes… Peut-être aurait-il fallu alléger le propos des bulles et, pour ceux qui voudraient aller plus loin, compléter ce fac-similé aux illustrations impressionnantes. Le dessin, justement, est hyper réaliste. Gontran Toussaint se joue des lumières, croque des personnages bien caractéristiques, s’arrête avec soin sur les détails des cases mais ne semble pas apprécier les grands espaces. Mais sûrement est-ce juste que le thème, sombre, ne s’y prêtait que très peu…

Le prochain tome est déjà annoncé, il suivra El Che qui a déjà fait une brève apparition dans la bouche de Roberto Cagliari, le reporter. A suivre…

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Reporter #1 – Bloody Sunday », n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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