Le testament de William S.

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Par Yves Sente & André Juillard

Nos héros les plus british mènent l’enquête sur le plus british des dramaturges : William Shakespeare of course ! Mais qui est-il vraiment ? Entre l’Angleterre et l’Italie, Philip Mortimer et Elizabeth, la fille de Sarah Summertown, résolvent des énigmes plus ardues les unes que les autres. Entre-temps, Francis Blake enquête sur une bande organisée de Hyde Park. Une course contre la montre et des révélations en série : un très grand Blake et Mortimer signé Yves Sente et André Juillard !

Un nouvel opus de la saga Blake & Mortimer est attendu par les passionnés de l’univers de Jacobs comme le Beaujolais Nouveau par d’autres (et rien ne dit que ce ne soit pas les mêmes). Comme le Beaujolais Nouveau, il y a de bonnes années, et de moins bonnes…

70 ans après la parution du Secret de l’Espadon dans le journal de Tintin (je n’étais pas là), deux ans après le dernier très bon tome de la franchise (ici), le Bâton de Plutarque, Yves Sente et André Juillard remettent le couvert, le premier au scénario, le second au dessin. Sente ose en s’attaquant à un mythe indétrônable d’outre-manche : Shakespeare et son identité. L’auteur d’Hamlet, de Richard III ou d’Othello a-t-il réellement existé ? De Londres à Venise, les deux compères nous entraînent à leur suite dans une chasse au manuscrit. Olrik, de sa prison, n’est pas loin, le fidèle Sharkey (le Mystère de la Grande Pyramide) est son bras armé et inculte. A la clef quelques centaines de milliers de livres que Lord Sanfield voulait léguer à celui qui prouverait l’existence du célèbre dramaturge.

Le testament de William S. - André Juillard - Page 24

Le testament de William S. – André Juillard & Yves Sente – Page 24

D’énigmes en mystères, Mortimer et la jeune Elizabeth McKenzie ont trois jours pour découvrir le testament de William Shakespeare alors que le capitaine Blake se bat contre d’inquiétants « Teddys » qui dépouillent de vieux riches dans Hyde Park. Comme souvent chez Blake et Mortimer, les deux affaires ne sont jamais loin de s’entremêler.

Les phylactères, comme vous pouvez le constater, sont toujours aussi serrés dans une écriture patte de mouche typique des albums précédents, depuis les premiers d’Edgar P. Jacobs. Cultivé et intelligent, je découvre l’arlésienne entourant l’existence de William Shakespeare, à grand coups de flashbacks dans différentes époques racontés par Sarah Summertown, vieil amour du professeur, ou Elizabeth, sa fille, lisant les manuscrits d’un vieux comte italien ayant imaginé le jeu de piste que découvrent nos aventuriers 400 ans après.

Le testament de William S. - Page 24

Le testament de William S. – André Juillard & Yves Sente – Page 24

Blake et Mortimer se lancent dans une enquête que n’aurait pas reniée Agatha Christie (encore une auteure So British…). L’univers londonien est bien là, mais les auteurs utilisent trop peu les opportunités offertes par Venise ou la campagne anglaise pour nous offrir des cases d’évasion comme on a pu le voir dans d’autres opus où les grands espaces sont mis en valeur. L’album est truffés d’intérieurs, aux cloisons toujours couvertes d’objets d’art ou d’histoire, dans les salons feutrés londoniens ou les palais vénitiens sentant l’humidité des canaux non loin. C’est un peu ballot que les auteurs placent dans une vue de Londres sensément en 1858 un pont, symbole d’une ville, achevé uniquement… en 1894. Dommage.

Les personnages que Sente fait entrer dans la danse manquent un peu de profondeur, ils sont malheureusement lisses et l’album nous donne assez peu l’occasion de faire connaissance avec eux. Il fait également revenir d’anciens gentils ou méchants (Sharkey, Kendall, Nastasia…) sans leur offrir la place qu’ils pourraient mériter. Les deux auteurs s’amusent toutefois à un clin d’oeil au capitaine Haddock (les insultes en moins) et à quelques allusions sur la relation trouble entre Shakespeare et le comte Da Spiri, qui n’est pas sans rappeler celle des éternels colocs Blake & Mortimer. Vous y retrouverez le 99bis Park Lane et la dévouée Mrs Benson, toujours en figuration.

Le testament de William S. - André Juillard & Yves Sente - Page 27

Le testament de William S. – André Juillard & Yves Sente – Page 27

S’attaquer à la reprise d’une série aussi culte que Blake est Mortimer est risqué et dangereux, il y a du bon et du moins bon. Celui-ci est dans la moyenne mais ne restera pas dans ma mémoire comme le meilleur post-Jacobs, loin derrière l’excellente Affaire Francis Blake de Jean Van Hamme et Ted Benoit (20 ans déjà, que je regrette ce duo qui ne pourra malheureusement pas se reformer, le dessinateur étant décédé en septembre dernier.) L’histoire est intéressante même si sans enjeux pour les deux aventuriers (pas de retour de l’Espadon ou de Septimus…) et je me laisse emporter dans ce jeu de piste aux nombreux rebondissements un peu prévisibles. Il est bien meilleur que d’autres opus de Sente & Juillard tels les Sarcophages du 6ème continent ou le Sanctuaire du Gondwana qui m’avaient laissé un goût un peu amer. Le sujet Shakespearien est osé lui-même, surtout au cœur de la capitale anglaise. Le duo Sente – Juillard ne me convainc toujours pas après les sept albums qu’ils ont co-écrits, bien que les deux derniers soient bien au-dessus de la mêlée. Celui-ci est un peu comme un agréable entre-deux pour nous faire patienter avant le prochain…

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Le testament de William S. », n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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