Sur les chemins noirs

sur-les-chemins-noirs

Par Sylvain Tesson

Il m’aura fallu courir le monde et tomber d’un toit pour saisir que je disposais là, sous mes yeux, dans un pays si proche dont j’ignorais les replis, d’un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides.
La vie me laissait une chance, il était donc grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs.
Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre.

Tombé d’un toit, saoul d’un alcool certainement aussi fort que la vodka qu’il affectionne particulièrement, Sylvain Tesson se retrouve presque incapable de marcher. « J’étais tombé du rebord de la nuit, je m’étais écrasé sur la Terre. » A la fois surpris et heureux que le système de santé français soigne aussi bien les ivrognes qui l’ont bien cherché et les malchanceux, il dédaigne la rééducation sur tapis pour s’enfoncer dans ce qu’il nomme ses chemins noirs. Les arbres et rochers de ces sentes ne s’affublent pas de traces colorées rouges et blanches guidant le randonneur. Le chemin s’enfonce entre les haies, en bordure de talus ou de champs, ou suit le piétinement des bêtes. Il faut le trouver, le mériter, savoir s’y fondre et s’oublier pour disparaître dans ceux-ci.

La carte est le laissez-passez de nos rêves.
Ces tracés en étoile et ces lignes étaient des sentiers ruraux, des pistes pastorales fixées par le cadastre, des accès pour les services forestiers, des appuis de lisières, des viae antiques, souvent laissées à la circulation des bêtes. La carte entière se veinaient de ces artères. C’étaient mes chemins noirs. Ils ouvraient sur l’échappée, ils étaient oubliés, le silence y régnait, on n’y croisait personne et parfois la broussaille se refermait aussitôt après le passage.. Certains hommes espéraient entrer dans l’histoire. Nous étions quelques-uns à préférer disparaître…

Il fallait parfois tracer sa route, le sentier englouti dans les ronces ou sous les mousses. Seule la carte est d’une quelconque utilité pour découvrir ces chemins de traverse que nul panneau n’indique et que les promeneurs n’empruntent plus car non balisés, non sécurisés, non aseptisés comme il convient que soit un chemin digne de ce nom. A force de nous protéger, nous risquons de nous perdre…

Dans la descente, ce panneau sous les poiriers prouvait combien l’administration maternait ses citoyens : La praticabilité de cet itinéraire n’est pas garantie. On devrait annoncer cela a tous les nouveau-nés au matin de leur vie !

Tout commence par un tour du monde à vélo entre amis, attiré sans cesse par l’ailleurs, Tesson parcourra les chemins de l’Himalaya, s’enfermera dans une cabane en Sibérie (ici), reviendra de Moscou en side-car sur les traces de Napoléon et de sa retraite (par ) mais il faudra cette rééducation pour le pousser vers l’à-coté « Moi, je trouvais désinvolte d avoir couru le monde en négligeant le trésor des proximités. » Pas après pas, n’ignorant pas la douleur mais ne lui donnant pas plus de place qu’au plaisir, rejoint de ses amis de toujours pour quelques jours, Tesson se relèvera et, une fois encore, fera l’éloge de la marche comme moyen de transport, de découverte et de guérison.

Sa découverte de la France un peu oubliée l’amène à s’émerveiller du berger assis sur le bord du pont d’un village que tous les jeunes ont fuit, il reproche à notre société sa course en avant, toujours plus vite, toujours plus loin. En ressort une carte postale un peu nostalgique d’une France qui n’existe plus vraiment que dans les mémoires des anciens ou les rêves en sépia des citadins aisés. Une image comme figée et contemplative qui semble regretter que tout cela soit derrière nous et que l’absence de WiFi entraîne la fuite des habitants, les plus jeunes en premier. « Ici nous n’avons pas le wifi mais nous avons le vin » prône un café quelque part… que vaut-il mieux ?

Sans chercher la décroissance ou le retour à l’âge de pierre quand nous sommes à celui du flux, comme le nomme Tesson, ce carnet de voyage après celui en side-car qui prenait à peine de le temps de s’arrêter, vous invite à vous mettre sur pause et à contempler, tout simplement, ce qui est beau à coté de chez vous, pas la peine d’aller à l’autre bout du monde… Un beau projet pour de belles résolutions…

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Sur les chemins noirs », n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

Si cette chronique vous a plu, n’hésitez pas à « suivre » ce blog en indiquant simplement votre adresse e-mail ci-dessous (aucune création de compte nécessaire).

Publicités

2 réflexions sur “Sur les chemins noirs

    • Eh oui, il ne se refait pas, même avec un coup sur la tête. Celui-là est plus lent que d’autres, un peu à la « Dans es forêts de Sibérie »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s