Madame Bâ

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Par Erik Orsenna

Pour retrouver son petit fils préféré qui a disparu en France, avalé par l’ogre du football, Madame Bâ Marguerite, née en 1947 au Mali, sur les bords du fleuve Sénégal, présente une demande de visa. Une a une elle répond à toutes les questions posées par le formulaire officiel 13-0021. Et elle raconte alors l’enfance émerveillée au bord du fleuve, l’amour que lui portait son père, l’apprentissage au contact des oiseaux…
Sans fard ni complaisance, c’est l’Afrique d’aujourd’hui qui apparaît au fil des pages, l’Afrique et ses violences, mais aussi ses richesses éternelles de solidarité.
Des années après L’Exposition coloniale, Erik Orsenna explore a nouveau les relations de la France avec son ancien empire. Mais cette fois c’est le Sud qui nous regarde.

Au moment de commencer cette chronique, je m’interroge sur comment décrire Madame Bâ. A la fois la femme, (qui est Marguerite Bâ ?) et le roman… Histoire d’une famille malienne ? Contes d’un pays africain ? Chroniques des migrations, des volatiles ou des hommes (qui parfois le sont aussi, volatiles…) ? Critique du colonialisme ? Regard acerbe du Mali sur son ancien pays de tutelle ? Encore une de mes horribles manies de vouloir rentrer toute chose dans une case. Madame Bâ ne le dit que trop bien alors qu’elle complète en compagnie de Maître Benoît le formulaire 13-0021 en vue d’obtenir un précieux visa pour entrer en France retrouver son petit fils, Michel, séduit par les sirènes du football.

« La vie est une, Monsieur le Président. Qui la découpe en trop petits morceaux n’en peut saisir le visage. Que sait du désert celui qui ne regarde qu’un grain de sable ?« 

Marguerite Bâ ne se satisfait pas des cases pré-imprimées de l’administration française qui lui imposent d’en venir directement au fait. Maître Benoît la fort bien compris : « Nous avons appris de vous que la vérité qui se dévoile trop vite manque l’essentiel. » Et comme le dit Marguerite elle-même : « Monsieur le Président, vous n’avez pas oublié que nous sommes en Afrique où, à l’inverse de Paris, tout est rare sauf le temps. » Car après le premier refus de sa demande de visa, on lui conseille de frapper plus haut pour éviter toute corruption à laquelle elle ne veut pas s’abaisser.

« Apprenez que les maladies de l’Afrique sont au nombre de deux, deux seulement : l’ignorance et la corruption. Celui ou celle d’entre vous qui favorisera l’une ou l’autre, je le poursuivrai d’une inextinguible malédiction.« 

Entre la première et la troisième personne, quand l’imaginaire rejoint le réel, ou l’inverse qui sait ? Erik Orsenna nous guide le long des méandres des fleuves Sénégal et Niger, du côté de Kaynes. Il prend son temps, partant de l’état civil demandé par le formulaire 13-0021, qui se contente de questions simples mais qui poussent Madame Bâ à des réponses complexes où elle s’épanche sur sa vie, son père (presqu’ingénieur), sa mère opposée à tout ce qui pouvait ressembler à une fuite de l’Afrique, ses frères et sœurs dont elle est la première, son Peul de mari qui conduira une locomotive et lui fera 8 enfants…

Rien ne semble pouvoir arrêter la grande Solinké. Chaque épreuve semble une bénédiction l’invitant à rebondir plus haut. Sur un ton doux amer Orsenna nous emmène lentement, au rythme africain, dans son intimité. Maître Benoit, expliquant son geste de laisser John Poole (le jaloux chronomètre qui mesure le temps des clients pour mieux les facturer) de coté, précise que Madame Bâ lie chaque moment de sa vie comme personne et ne regarde pas chaque moment indépendamment de l’autre.

Il y a Madame Bâ et Marguerite. L’une ne jure que par le cadre, l’autre ne pousse qu’à en sortir. Madame Bâ rongée par la culpabilité qu’entretiennent sans bien le vouloir les français, humanitaires ou administratifs (la frontière n’est jamais loin), qui ne cessent de vouloir sauver l’Afrique de tous ses maux par quelques remèdes bien occidentaux. Le biberon infantilisant des blancs rappelle à l’ancien colonisé qu’il n’a pas su prendre soin de ses richesses. Qu’alors qu’il avait tout sous la main, de l’or au bout des doigts, il ne cesse d’être sous perfusion d’une communauté internationale qui se rêve sauveuse (surtout de ses intérêts).

Le roman d’Erik Orsenna, entre émotion et dénonciation, est touchant. Il nous invite à découvrir par les yeux de cette grande dame de caractère une Afrique, celle qu’il a choisi, peut-être celle qu’il connait. Ce n’est peut-être pas l’Afrique puisqu’elle ne peut certainement ni être réduite à un pays ou un peuple et encore moins à une personne, tout caractère qu’elle puisse avoir.

Je ne sais plus pourquoi elle vient là, mais quelque part au fil des pages j’ai noté cette phrase qui m’a plu, je vous la retranscrit ici même si elle n’a pas sa place dans la chronique…

« C’étaient de bien touchantes manières d’écureuil : avant le grand froid de la mort, on engrange des provisions d’optimisme.« 

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Madame Bâ », n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

Si cette chronique vous a plu, n’hésitez pas à « suivre » ce blog en indiquant simplement votre adresse e-mail ci-dessous (aucune création de compte nécessaire).

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