Jamais je n’aurai 20 ans

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Par Jaime Martin

« Il faut semer la terreur. il faut laisser une sensation de domination en éliminant sans scrupules et sans hésitation tous ceux qui ne penses pas comme nous. »

Emilio Mola, général putschiste – 19 juillet 1936.

Ils se rencontrent en 1936 dans le chaos autodestructeur de la guerre d’Espagne : Isabel est couturière, Jaime est artilleur dans l’armée républicaine. Ils s’aiment. Ils combattent. Ils échappent à la mort. Mais à la chute de la République, Isabel et Jaime sont dans le camp des vaincus et il est parfois difficile de survivre dans la paix que dans la guerre. Après avoir cru en des lendemains qui chantent, comment garder le silence sous une dictature ?
Jamais je n’aurai 20 ans est une histoire d’amour où le courage et la dignité le disputent à la tendresse et à l’humour, à la joie et à la rage. Jamais je n’aurai 20 ans est une histoire vraie, celle des grands-parents de Jaime Martin. Pour son quatrième ouvrage chez Aire Libre, l’auteur espagnol livre avec émotion et pudeur le récit secret d’une famille au destin intimement lié à celui de son pays, pour le meilleur et pour le pire.

Tout commence comme un jeu d’enfant, Metro Goldwyn Boules, un petit film entre cousins, comme ça, pour s’amuser… Rien de méchant, on jour à la guerre comme les jeunes garçons aiment le faire. Mais ce jeu apparemment innocent réveille chez Isabel et Jaime, les grands parents, des souvenirs qu’ils ne parviennent pas à soutenir. Tout s’arrête, pour revenir plusieurs années en arrière, en 1936, à Melilla, l’enclave espagnole en Afrique, alors que le Front Populaire vient d’arriver au pouvoir en Espagne, et qu’il est déjà contesté. Isabel est une jeune femme libre qui n’envisage pas de se laisser dicter ce qu’elle doit faire par ses parents (qui aimeraient assez qu’elle se marie avec le poissonnier qui en pince un peu pour elle). Elle se laisse emporter par les délicieuses paroles de jeunes et mignons syndicalistes qui n’entendent pas se laisser marcher sur les pieds par les riches propriétaires.

Jamais je n'aurai 20 ans - Jaime Martin - Page 5

Jamais je n’aurai 20 ans – Jaime Martin – Page 5

Propulsée dans une guerre qu’elle ne souhaite pas, Isabel doit fuir, seule, la nuit, chez sa tante, à Barcelone. Elle va choisir son camp et rencontrer Jaime alors qu’il revient du front pour les dernières heures de sa mère, la voisine. Ils tombent amoureux. Isabel a toujours aimé les révolutionnaires. Jaime est boxeur. Isabel ne sait pas lire mais est très intelligente et indépendante. Jaime sait compter mais ne perçoit pas toujours la nécessité de masquer certaines informations dans une négociation. Entre le front et Barcelone, les deux amants vont se revoir au gré des permissions. Puis la fin de la guerre arrive. Ils sont tous les deux dans le camp des vaincus. Les phalangistes ont pris le pouvoir et entendent traquer toutes les sorcières qui ont osé s’opposer à eux. Jaime et Isabel continuent de fuir en tentant de survivre avec leur première fille, puis les deux qui suivront. Ils vivent de marché noir, accueillent les voisins, jaloux de leur apparente réussite, échappent d’un billet échangé de main en main aux contrôles de police.

Jamais je n'aurai 20 ans - Jaime Martin - Page 14

Jamais je n’aurai 20 ans – Jaime Martin – Page 14

Jaime Martin évoque avec tendresse l’histoire de ses grands-parents pendant la guerre d’Espagne mais surtout après celle-ci. Survivre à une guerre n’est pas uniquement éviter les balles qui sifflent mais aussi savoir s’en relever et reprendre une vie normale quand d’autres souhaiteraient vous mener au peloton d’exécution pour avoir été du coté des vaincus. Heureusement l’esprit d’initiative d’Isabel prend vite le dessus, elle ne souhaite pas s’abaisser à des métiers qui ne lui correspondent pas. Après tout, elle était couturière avant la guerre et elle avait un certain talent pour cela, elle a servi dans les plus grandes familles de Melilla.

Les dessins ronds et simples de l’auteur, très expressifs, font penser à Hergé, Emile Bravo ou Emmanuel Guibert (dans la guerre d’Allan notamment). Ils vous entraînent dans le monde des deux protagonistes, centré sur leurs visages et leurs expressions plutôt que sur les paysages autour.

Alors que la dictature s’installe, sans faire de vagues Jaime et Isabel vont prendre leur destin en main. Encore un très bel album dans la collection Aire Libre de Dupuis.

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Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Jamais je n’aurai 20 ans », n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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