Album

album

Par Guðrún Eva Mínervudóttir

Que sont nos souvenirs d’enfance ? Un album de photographies, une suite d’instantanés. Une succession d’images passionnantes, banales, insolites et spectaculaires, en noir et blanc ou en couleurs.

Au fil des pages se dévoile le quotidien d’une fillette islandaise, à la fois singulier et universel : les étés à la ferme, les cauchemars de spaghettis, les montagnes comme des dragons, Derrick à la télé…

La mémoire remonte ainsi, flash après flash, avec son cortège de lieux imprécis, de sensations fugaces, de personnages hors champ. Les souvenirs s’animent, les parfums s’élèvent, un écrivain naît.

Si je devais raconter mon enfance, qu’est-ce qui me viendrait d’abord à l’esprit ? Les vacances chez papy et mamie, à la ferme, à caresser le museau des veaux, bien à l’abri derrière leurs grilles ou à écouter la succion régulière de la machine à traître qui vrombissait le matin comme le soir ? Le bureau de grand-père qui sentait bon les livres et le cuir, où il faisait toujours un peu froid ? L’odeur de chlore de la piscine où j’allais avec mes amis, nous imaginant pirates sur une planche jaune canari et ressortant les yeux rougis et le nez coulant ? Le vent dans les cheveux, sur ma bicyclette, suivant papa ou maman ? Les petits poèmes écrits pour une fête ou un anniversaire qui ne pouvaient sortir que de mon imagination puisqu’Internet n’avait pas encore tissé sa toile sur le monde ? Le frère m’enjoignant de « mettre le doigt là, entre les deux fils », alors que lui partait s’abriter et appuyer sur un interrupteur pour voir ce que cela faisait ? Le chien que nous avions caressé chaque jour avec un ami alors que l’on comptait les kilomètres à tourner dans son quartier ? La casserole de haricot vert volant par la fenêtre de la cuisine ? Un peu plus tard le premier job ?

Tout cela est flou et se mélange aujourd’hui. Comme un album photo un peu ancien où les couleurs commencent à disparaître, des clichés pris avec un appareil jetable, les images rosies quand elles sortent de chez le photographe. Je n’ai pas connu le sépia, pourtant ces couleurs rappellent bien ces moments bien enfouis qui ressurgissent parfois, pas spontanément, non, mais quand on les convoque au cours d’une soirée entre amis.

Guðrún Eva Mínervudóttir (oui, j’ai aussi un peu acheté ce livre parce que je ne parvenais pas à lire le nom de l’auteur), s’adonne à un exercice littéraire qui pourrait être ennuyeux s’il n’était touchant et ne nous renvoyait pas à nos souvenirs enfouis dans un album dont on ne tourne plus les pages depuis que les photos sont sur des disques. De sa plus jeune enfance à l’entrée dans l’âge adulte, par petites touches, elle nous entraîne dans son intimité banale et pourtant unique. Les chapitres sont courts, comme les souvenirs parfois, juste une image qui revient dont on ne sait pas bien si le temps l’a modifiée ou si tout était bien ainsi. Ils s’allongent alors que les années passent et que la mémoire devient moins brumeuse, mais jamais plus de deux pages. Entre sa mère volage, son demi-frère, son père, son beau père puis l’homme de sa mère, son chat, son chien, ses voisins puis son premier petit ami, Guðrún grandit pour devenir femme.

Le ton est parfois cru, les souvenirs sont racontés avec le regard d’un enfant mais les mots d’une adulte, juste comme des flashs, sans chercher à expliquer pus qu’il n’en faut. Une histoire en pointillé qui invite à la nostalgie, peut-être un peu à la mélancolie aussi…

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Album », n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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