Le cas Malaussène – #1 – Ils m’ont menti

Par Daniel Pennac

Ma plus jeune sœur Verdun est née toute hurlante dans La Fée Carabine, mon neveu C’Est Un Ange est né orphelin dans La petite marchande de prose, mon fils Monsieur Malaussène est né de deux mères dans le roman qui porte son nom, ma nièce Maracuja est née de deux pères dans Aux fruits de la passion. Les voici adultes dans un monde on ne peut plus explosif, où ça mitraille à tout va, où l’on kidnappe l’affairiste Georges Lapietà, où Police et Justice marchent la main dans la main sans perdre une occasion de se faire des croche-pieds, où la Reine Zabo, éditrice avisée, règne sur un cheptel d’écrivains addicts à la vérité vraie quand tout le monde ment à tout le monde.
Tout le monde sauf moi, bien sûr. Moi, pour ne pas changer, je morfle.»

Benjamin Malaussène.

S’attaquer à la chronique d’un Malaussène tout juste sorti de l’œuf, c’est flippant ! Si si, je vous assure, c’est un peu comme un mur en face de moi. Est-ce que je ne vais pas dire de conneries ? Avoir tout compris de travers ? N’avoir pas vu entre les lignes les références aux autres romans de la saga Malaussène ? Si, sûrement, je vais me vautrer dans tous ces écueils. Pennac sera déçu. Mais en même temps, il y a tout de même bien peu de chance qu’il tombe, au milieu de toutes les chroniques qui ont été écrites sur son dernier roman, sur la mienne, insignifiante au milieu de tous ces critiques littéraires qui font de cela leur métier. Pas d’inquiétude donc. Il faut y aller.

Malaussène m’a happé au collège, à cause d’une prof de français aux lunettes de couleurs originales qui voulut nous faire découvrir autre chose qu’Hugo et Zola. Je ne peux que l’en remercier aujourd’hui, et je m’en veux de ne même pas me souvenir de son nom. Ni de son prénom. De rien d’ailleurs, sinon de ces lunettes et de son idée lumineuse de nous faire lire « La Fée Carabine ». Dans un autre de ces livres (lu plus tard, « Comme un Roman », je riais de l’entrée en matière de l’auteur :

Je vous prie, je vous supplie, de ne pas utiliser ces lignes en instrument de torture pédagogique.

Je cite de mémoire, j’ai donc peut-être écorché quelques mots, mais l’idée me semble là, j’espère que vous ne m’en voudrez pas monsieur Pennac… Et je peux vous rassurer de suite, de torture il n’y en eut point. Du moins pas pour moi puisque j’ai dévoré comme un ogre boulimique toute votre bibliographie par la suite. Le père-noël auquel je ne croyais déjà plus était heureux d’avoir des idées pour plusieurs années.

Je ne vous cacherais pas qu’ensuite, comme tout boulimique qui se respecte, je vous ai fait quelques infidélités. Mais après tout, c’était pour chaque fois mieux vous retrouver ! Je n’ai pas adhéré à tous vos écrits, même si la plupart me laisse un très bon souvenirs, certains m’ont dérangés, le « Journal d’un Corps » par exemple. Rien n’arrivait au niveau des Malaussène et de cette saga Belleviloise de laquelle je pris l’habitude de parler des ouiquendes et des bédés, d’imaginer les dialogues comme des scènes de théâtre où les protagonistes annoncent leurs noms en début de ligne, en majuscule. Je vous ai volé ces procédés magnifique monsieur Pennac, je m’en excuse, mais je vous rassure, aucun de mes écrits ne sera jamais publié.

Bref, avec tout ça, je n’ai pas encore évoqué « Le Cas Malaussène » qui 35 ans après le premier de la série me semble-t-il, vient commencer une nouvelle histoire de la tribu. Tous les frères et soeurs ont grandi, les fils et neveux volent de leurs propres ailes dans un monde qu’ils rêvent plus beau, et Benjamin, lui, reste immuable dans son costume de bouc-émissaire, un métier inventé pour l’occasion me semble-t-il. Lui n’a pas vieilli. Il est peut-être devenu plus gâteux de ses petits devenus grands. Dans « Ils nous ont menti », vous laissez plus de place à ces nouveaux venus qui finissaient chacun des précédents romans. Monsieur Malaussène, Maracuja et C’Est Un Ange sont au centre. Du texte, certes, mais aussi des pensées de Benjamin quand il parvient à ne plus penser à ce que lui réclame la Reine Zabo, quand il parvient à lâcher Alceste, le nouvel auteur à succès des éditions du Talion. Les flics sont toujours là, Silistri et Titus, quelques nouveaux nés dans la saga, après tout, chacun a fait sa vie.

Alors oui, c’est avec délectation que je retrouve tout ce petit monde, que je me replonge dans votre monde, votre imaginaire un peu foutraque, à la suite de vos personnages si attachants. Même Verdun devenue la juge Talvern depuis, je l’aime bien, elle ne crie plus. Je les aime tous, comme une famille. Votre talent de conteur est toujours là (mais je n’en doutais pas !), et vous savez toujours autant trouver les mots justes !

Vous avez la gentillesse, monsieur Pennac, de nous laisser quelques notes de fin d’ouvrage pour nous y retrouver dans tous ces personnages que vous avez créés au fil de vos élucubrations romanesques, et je vous en remercie, car si Malaussène me laisse un souvenir impérissable, je doute que tous soit autant présents à mon esprit.

Bien sûr le petit dessin que vous nous laissez en guise de conclusion me fait trépigner d’impatience ! Auparavant je n’en avais pas le besoin, mais maintenant que j’ai retrouvé Benjamin, je tiens à passer à nouveau du temps avec lui.

J’ai bien envie de vous dire MERCI, mais vous risquez peut-être de me répondre avec votre monologue hilarant sur le sens que ce mot a pu prendre entre nos lèvres, donc, non, je me contenterais de vous dire à bientôt…

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Le Cas Malaussène – #1 – Ils m’ont menti », n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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2 réflexions sur “Le cas Malaussène – #1 – Ils m’ont menti

  1. Merci pour ta chronique, je viens tout juste de commencer la saga Malaussène (shame on me, je n’ai jamais lu pennac…) et j’ai hâte d’en arriver à ce dernier paru !

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