Au bout du fleuve

Par Jean-Denis Pendanx

Le Bénin, de nos jours.
Kémi est hanté par l’absence de son frère jumeau, Yao. A cause de lui, de sa lâcheté. Yao avait disparu sans plus jamais donner de nouvelles. Depuis, la culpabilité ronge Kémi. Culpabilité d’autant plus forte que, selon le rite vodun, perdre son jumeau, c’est perdre la moitié de son âme.
Apprenant que Yao se trouve vraisemblablement au Nigéria, Kémi décide d’aller à sa recherche. Il entreprend un long périple, magique et périlleux, qui le conduira de Cotonou au delta du Niger, pollué et ruiné par les grandes compagnies pétrolières…
Mêlé d’onirisme, de croyances et de fétichisme, sur fond de réalité sociale et de politique, le voyage de Kémi est une quête personnelle, magnifique et tourmentée.

Sur la route de Cotonou, au Bénin, une nuit, Kémi fait un cauchemar. Son père meurt à nouveau sur la moto qui le ramène vers le village, chargée de kpayo, de l’essence frelatée. Le trajet est dangereux. Son frère est parti un jour, sans jamais laisser de nouvelles. Il est resté seul au village, lâchant ses études dans lesquelles son père mettait tant d’espoir pour tenter de vivre. Il peut à peine payer ses dettes. La concurrence est trop forte. Il doit trouver d’autres moyens de survivre. Marcellin lui propose de convoyer à son tour du kpayo dans un triporteur fait maison, louvoyant entre les policiers qui tentent de faire la loi, à leur façon, sur les chemins qui sortent de Cotonou.

Au bout du fleuve – Jean-Denis Pendanx – Page 3

Malgré les mises en garde d’Omer, l’ami en fauteuil roulant, Kémi va le faire. Marcellin lui a promis des informations sur son frère… Et Kémi souffre de son absence, il serait prêt à tout pour le retrouver. S’il était là, tout serait certainement différent ! Poussé par cette envie, il va rejoindre Cotonou, puis le delta du fleuve Niger, au Nigéria. Sur le chemin, il croisera des palabreurs qui le dépouilleront. Encore naïf, toujours seul, Kémi se laissera prendre. Il rencontrera aussi des tanties bienveillantes qui, contre un peu de travail, le conduiront jusqu’à la frontière et des montreuses de hyènes qui l’hébergeront.

Arrivé dans le delta du Niger, il se heurte aux trafics amené par les compagnies pétrolières occidentales qui exploitent les richesses du fleuve sans que les habitants n’en profitent jamais. Le ton devient engagé, critique, vis à vis de la mondialisation outrancière qui pille.

Au bout du fleuve – Jean-Denis Pendanx – Page 10

Le dessin de Jean-Denis Pendanx est brut et parfois dérangeant, il n’occulte pas la violence, plusieurs de ses protagonistes sont estropiés même si l’espoir est toujours là. Celui de retrouver un frère ou de réparer un bras. Les planches se taisent parfois, laissant place aux regards qui se perdent dans les cases. Les dessins font la part belle à l’écoulement du temps quand parfois tout semble en suspens. Les couleurs de Pendanx relèvent les pages joyeusement, contrastant avec le ton souvent dur.

Si le dessin est excellent, le scénario l’est tout autant, je ne connais pas bien l’Afrique, mais cet album nous y entraîne avec toutes ses violences et ces bonheurs, toute cette vie qui se passe dans la rue. Si les planches prennent parfois leur temps, l’auteur glisse parfois trop vite sur ses personnages. En 110 pages, il ne prend pas toujours le temps de leur donner la profondeur qu’il mériterait. Il s’attache à Kémi et en oublie les seconds rôles que le protagoniste croise. C’est peut-être pour cela d’ailleurs, Kémi ne fait que les croiser. Peut-être que prendre plus de temps aurait rallongé inutilement, du point de vue occidental, l’album et l’aurait alors rendu indigeste. Qui sait ?

Au bout du fleuve – Jean-Denis Pendanx – Page 97

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Au bout du fleuve », n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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