La vague – La présidente #3

Par François Durpaire, Farid Boudjellal & Laurent Muller

Au printemps 2015, voyant monter la vague lepéniste, les auteurs de la trilogie La Présidente avaient imaginé la victoire de Marine Le Pen le 7 mai 2017.
Leur récit d’anticipation politique se fondait sur une question simple, mais vertigineuse : que se passerait-il si le FN accédait au pouvoir et appliquait son programme à la lettre ?
De façon prémonitoire, le premier tome, paru en novembre 2015, avait annoncé le Brexit et la victoire de Trump, deux événements auxquels personne ne s’attendait.
Au moment où paraît ce volume de science-fiction civique, Marine Le Pen n’a jamais été aussi proche de l’emporter. L’impensable est possible.
Ce troisième et dernier volet de La Présidente raconte un monde où les géants du Web s’allient avec les gouvernements autoritaires de Donald Trump, Vladimir Poutine et Marine Le Pen pour surveiller et punir.
Comment leur résister ?
Et si le cauchemar devenait réalité…

Ironie du sort c’est alors que les français dans les urnes ont massivement fait mentir le premier tome de la présidente paru en 2015 que ce troisième et dernier tome me tombe entre les mains.

Dans le premier tome (ici) Durpaire se plaisait (quoique je doute fort qu’il y ait pris du plaisir) à imaginer les 100 premiers jours de la première femme présidente de la République Française. Marine Le Pen venait en effet d’être élue sur le terreau d’une situation compliquée dans laquelle les immigrés étaient les boucs émissaires parfaits et l’Europe la cause de tous nos maux.

En 2022, alors que l’héritière briguait, et obtenait, un second mandat, sa nièce la poussait vers la sortie, partisane d’une ligne plus dure à l’intérieur comme à l’extérieur. Marion Maréchal Le Pen endossant donc le costume de présidente à son tour, comme un tragique jeu de chaises musicales, les débuts d’une dynastie funeste qui s’agrippait à la fonction présidentielle. Exit Florian Philippot, au revoir Marine. Place à un état policier qui réprime et préfère chercher des présumés coupables que des solutions. C’était le second tome (par ).

La vague – La Présidente #3 – Farid Boudjellal – Page 27

Trait d’union entre Trump (lui aussi investi d’un second mandat) et Poutine, rien n’y fait. La France reste un territoire insignifiant sur la carte du monde que l’est comme l’ouest peine certainement à placer sur un planisphère. Manipulateurs exemplaires qu’ils sont, après avoir vendu à la France les moyens de fliquer ses citoyens, ils n’hésitent pas à lâcher une nation en faillite qui court inexorablement vers une nouvelle révolution au mieux, si les français en étant capables, un dépôt de bilan au pire.

Marion Maréchal Le Pen, en présidente inexpérimentée et mal entourée qu’elle est, regarde son pays tomber en décrépitude, la révolte gronder, gardant toujours son sourire narquois aux lèvres. Marine le Pen quant à elle éclate de rire de voir sa nièce en si fâcheuse posture, bel esprit familial…

La vague – La Présidente #3 Farid Boudjellal – Page 60 – 61

Depuis la Suède la résistance s’organise et tente de faire tomber un régime qui trahit les idéaux d’un pays si beau et si fort malgré des citoyens continuellement insatisfaits.

Sept ans plus tard, en 2023, alors que le FN rend les armes, l’espoir revient. Une sixième république va voir le jour sur les décombres de celle qu’un général avait promulguée après un long et sanglant conflit. Pas la peine de révéler ceux qui seront les artisans de cette sixième république. Peu importe en fait. Ce qui compte c’est qu’ils sont portés par un idéal, qu’ils sont à l’écoute et qu’ils tentent de dépasser des clivages politiques ancestraux qui ont mené le pays dans l’impasse de laquelle il convient de l’en faire sortir.

La vague – La Présidente #3 – Farid Boudjellal – Page 82

Depuis la fin du premier tome Durpaire c’était éloigné de la réalité pour s’ancrer dans la fiction, une fiction qui fort heureusement s’éloigne de nous. Si La Présidente premier du genre avait su me glacer le sang par son réalisme, si Totalitaire était déjà un cran en dessous, La Vague n’apporte pas de nouveaux éléments. La France s’enfonce, sous la baguette des Le Pen, dans un marasme économique et social proche de la guerre civile. Tout prête à penser que l’explosion n’est pas loin. Cet album est intéressant pour le dénouement qu’il amène ; mais je continue de croire que les deux auteurs auraient bien pu s’arrêter au premier tome qui, à lui seul, disait tout, pas la peine de s’enfoncer plus dans l’horreur. Les deux suivants ont un goût d’inutile…

Loin de moi l’idée de profiter d’un lendemain d’élection pour publier cette chronique. Je trouvais juste le clin d’œil ironique. Nous voilà depuis hier avec cinq ans de répit. Le scénario du pire semble évité. La France peut s’enorgueillir de ne pas avoir sombré dans un populisme qui envisageait de produire des sèche-linges made in France dans une entreprise qui serait nationalisée après que ses patrons veuillent la fermer pour faire plus de profits, plus à l’est. Un populisme qui envisageait de sortir de l’euro sans vraiment en sortir ni en mesurer les conséquence. Des sirènes que l’on se plaît peut-être à entendre mais qui ne résistent pas à une saine analyse.

Sommes nous pour autant sauvés ? Je ne le pense pas, la route est longue encore. J’ai envie de croire en l’avènement d’un printemps, qui cette fois-ci ne serait pas que de la fiction, j’ai envie de penser que le dépassement des clivages droite – gauche pourrait enfin être une réalité. J’ai envie de croire en un renouveau.

Nous vivons dans un pays qui sait, je crois, encore ce que sont la liberté l’égalité et la fraternité. Un pays aux valeurs d’ouverture qu’il convient de défendre. Un pays que j’aime avec toutes ses imperfections et ses contradictions.

Vous allez peut-être me dire que je suis un peu naïf. Vous aurez certainement raison, soit… Mais laissez-moi y croire encore un peu s’il vous plait…

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « La vague – La Présidente #3 », n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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