Passer par le Nord

Par Isabelle Autissier & Erik Orsenna

La route maritime du Nord, qui permet de relier l’Atlantique au Pacifique en longeant les côtes de la Sibérie, est le plus court chemin navigable entre l’Europe et l’Asie. Un passage très convoité…
Après leur voyage dans le Grand Sud, Isabelle Autissier et Erik Orsenna ont exploré cette région du monde où, dans un contexte de réchauffement climatique, les richesses naturelles, les routes commerciales et les gigantesques ports en construction aiguisent les appétits, tandis que la faune en est la première victime. Car notre avenir se joue aussi au Pôle Nord.
Un livre incontournable sur les conséquences du réchauffement climatique, dans la grande tradition des récits de voyage d’explorateurs visionnaires.

Morse. De l’art d’être laid.

Dieu, affairé à la création de la vie, ne pouvait que ressentir, certains jours, un peu de fatigue. Qui ne l’excuserait ? A moins qu’après avoir distribué ses plus jolies inventions, ailes diaphanes, fourrure souple et couleurs vives, il ne soit resté dans sa besace que des rebuts dont il fallait bien faire quelque chose. Est-ce ainsi que naquirent les morses ? Des sacs de graisse de trois mètres de long, une peau brun-roux rêche, épaisse et comme pustuleuse, une tête au groin massif, de petits yeux et surtout ces deux ridicules et gigantesques dents qui leur confèrent un aspect préhistorique autant que peu esthétique. Quant à leurs vibrisses, si utiles pour détecter les proies dans les sédiments, on jurerait qu’on leur a collé un balai brosse sur le museau. Voyez les affalés les uns sur les autres, grognant, beuglant, sifflant, se trainant maladroitement ; il faut tout l’art des dessins animés pour rendre les morses sympathiques.

Le sous titre de Passer par le Nord, La nouvelle route maritime, a ceci de cocasse que le passage et loin d’être récent. Des centaines de marins, d’aventuriers, de marchands de tout poil chassant la fourrure s’y sont essayés depuis le XVIème siècle (au moins, mais je n’étais pas né) ; souvent se cassant les coques sur la glace, mourant de froid, de malnutrition ou de scorbut.

Le Grand Nord fascine autant que le Grand Sud, une région pas tout à fait terra incognita mais si sauvage qu’on ne l’imagine pas pouvoir être fragile. La Nature est tellement puissante qu’elle n’aura aucun mal à recycler nos poubelles ! Il faudrait une gestion raisonnée et raisonnable des ressources ? Elles manquent ? Qu’à cela ne tienne, les russes introduisent des espèces qui deviennent invasives et chamboulent le fragile équilibre de la région. La seule raison qui semble guider la gestion de la zone est celle du portefeuille. La nature est tellement vaste et inhospitalière dans ce Grand Nord qu’elle saura sans aucun doute digérer les excès que les humains charrient dans ses fonds, jusqu’à y abandonner la pile atomique défaillante d’un brise glace. Ne vous inquiétez toutefois pas, les scientifiques garantissent que la digestion se passe comme elle se doit. Le compteur Geiger ne s’affole pas. Les pêcheurs remontent toujours des morues à la couleur normale dans leurs filets…

Les explorateurs d’alors, secondés par les marchands, avaient commencé avec les fourrures d’animaux qui pullulaient encore dans la région. L’exploitation à continué par les ressources halieutiques, la promesse d’un tourisme vert amoureux des grands espaces puis, finalement, l’engouement pour des ressources pétrolières ou gazières que les technologies, le prix du baril ou la folie des hommes avaient rendues exploitables et rentables, malgré les risques.

Vous objecterez peut-être que l’homme est un chasseur, qu’il en a toujours été ainsi. Oui mais voilà, en finalement peu d’années, la chasse qui était équitable (canoë et harpon contre griffe d’ours ou nageoire de baleine) est à présent devenue industrielle, ne laissant aucune chance aux proies qui se contentent de disparaître. Vous pourrez, à juste titre encore objecter que tout cela est bien beau mais les baleines sont protégées depuis les années 30. Trop tard !

« Plus jamais ça ! » S’indigne-t-on parfois lorsqu’un navire s’échoue, qu’une plateforme pétrolière montre des signes de faiblesse. Mais c’est si tentant que, comme la première gorgée de bière, on y revient le lendemain alors que la gueule de bois vient juste de disparaître.

Nous sommes tous des « Arctic Users », des utilisateurs de l’arctique, et aussi ses protecteurs ou ses destructeurs du seul fait de notre rôle dans le réchauffement.

N’oublions pas que, si aujourd’hui les richesses arctiques sont à portée de main, si la Chine pourrait ne jamais être aussi proche de l’Europe, si les ports islandais ou norvégiens ambitionnent d’être de nouvelles plaques tournantes dans cette route du nord, annonçant plus encore de profits, cela n’a rien d’une bonne nouvelle. Nous nous sommes juste contentés lâchement de détruire notre maison pour tirer profit des matériaux qui la composaient. Une vraie vision à long terme !

Finalement, peut-être eut-il mieux valu que l’homme ne mette jamais les pieds sur ces terres et ces eaux, qui seraient alors restées incognita et certainement bienheureuses. En aurions nous plus mal vécu ?

Certaines erreurs offrent des opportunités imprévues. Mais ce genre de miracle ne se renouvelle pas. Un jour il faut affronter la vérité. Et la vérité, c’est que nous allons droit dans le mur.

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « Passer par le Nord », n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

Si cette chronique vous a plu, n’hésitez pas à « suivre » ce blog en indiquant simplement votre adresse e-mail ci-dessous (aucune création de compte nécessaire).

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s