America #1/16

Collectif

Alors que la presse écrite a le plus grand mal à survivre dans la toile internet, de moins en moins de lecteurs prennent le temps de tourner les pages d’un journal, de lire de longues (mais passionnantes) enquêtes d’investigation, ou tout simplement de passer la porte d’un marchand de journaux pour acheter autre choses qu’une grille de loto ou un paquet de cancer, la création de cette revue éphémère par François Busnel et Eric Fottorino m’a semblée digne d’intérêt.

A l’image des revues XXI ou 6 mois qui prennent le temps de ne pas se précipiter sur la dernière actualité, America s’offre dans un format très complet de près de 200 pages qui pourrait rebuter le premier venu. Ne vous arrêtez pas là. La revue est éphémère car c’est l’élection de Trump à la Maison Blanche qui a entraîné sa première parution, ce sera la fin de son mandat, dans quatre ans (en espérant bien évidemment qu’il n’y ai pas ré-élection) qui sonnera son glas.

François Busnel choisit de donner la parole à des écrivains ou des grands reporters, américains ou non, mais qui ont quelque chose à dire sur l’Amérique d’aujourd’hui, sur ces Etats-Unis aux multiples visages que l’on ne saurait limiter au vote Trump.

Dans cette première parution, les deux mandats d’Obama y ont bonne place. Toni Morrison, marraine du projet, nous parle de son Amérique, celle dans laquelle elle a grandi, dans laquelle elle a du lutter pour faire entendre ses droits de femmes noires. François Busnel lui offre un Grand Entretien, 24 pages denses et passionnantes d’une interview toute en douceur où les mots semblent venir seuls. Elle évoque ses combats (« Lire à très vite représenté un acte politique.« , nous en sommes loin nous qui aujourd’hui lisons si peu…) et ses victoires avec le recul d’une grande dame.

Ta-Nehisi Coates, journaliste, correspondant a la Maison Blanche du temps des mandats d’Obama s’interroge sur ce qu’il en restera. Il n’y a pas que du bon. Mais il y en a… Ne serait que pour le symbole que son élection représentait alors.

« Pour accéder à la Maison-Blanche, Obama devait être cet avocat sorti de Harvard, auréolé d’une expérience politique de dix ans et d’un incroyable don pour parler à toutes les communautés du pays. Donald Trump n’a eu besoin que d’argent et de ses fanfaronnades de Blanc.« 

Certains analysent que le vote Trump a pu être guidé par un fort sentiment d’injustice des « petits blancs » de la Rust Belt, qui ont peu. La supériorité des blancs a toujours été si forte que voir un président noir peut donner l’impression qu’il va favoriser « les minorités » qui deviennent de plus en plus nombreuses. Trump a su leur parler et les convaincre. Cela l’a mené à la Maison Blanche et l’étonnement de tous les commentateurs politiques des côtes est et ouest et de tous les « cadres » des mêmes endroits. N’a-t-on pas un peu la même démagogie dans notre bel hexagone ? Pour l’élection de Trump, les arguments des uns viennent contredire ceux d’autres. Chacun de ceux qui l’ont porté à la Maison Blanche semble avoir vu dans le populisme du milliardaire ce qui l’intéressait ; voyant midi à sa porte comme le dit l’expression populaire.

Je suis fasciné par cette dualité du peuple américain qui peut, il y a huit ans, voter pour un symbole si fort que Barack Obama qui m’enthousiasmait par son coté extrêmement positif ; et aujourd’hui porter à la plus haute fonction (par le jeu du mode de scrutin américain) un milliardaire à la mèche blonde qui pense que gérer un pays c’est comme animer un jeu de télé-réalité ou piloter une entreprise pour faire du bénéfice…

François Busnel veut retrouver le temps long et offrir à la littérature d’éclairer l’actualité. Tout n’est pas que chiffres et analyses, un peu de poésie ne peut pas faire de mal… Il n’est pas inutile de prendre nous aussi un peu de recul par rapport à l’actualité. Tant d’auteurs de fictions ont su nous prédire des événements qui, lors de la parution, pouvaient nous sembler improbables et qui pourtant deviennent réalité. Certains nous « l’avaient bien dit » dans des « classiques diablement prophétiques » qui décrivaient « un pays taraudé par la tentation autoritaire, le spectre fasciste, l’ombre grandissante d’un milliardaire à crinière blonde. »

Prenez le temps de découvrir, et fort heureusement, François Busnel et Eric Fottorino n’auront pas besoin d’éditer une revue équivalente en France.

Nota : Le second opus devrait sortir le 26 juin. 

***

Cet avis n’est que le mien, sans prétention, si vous avez lu « America », n’hésitez pas à laisser quelques lignes de commentaires pour éclairer d’autres lecteurs…

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